Production et importation de blé : Le désaveu par les chiffres

Le centre de l’informatique et des statistiques des douanes (Cnis) vient de nous informer que l’Algérie a importé pour plus de 1,5 milliard de dollars de blé durant le premier semestre de l’année en cous seulement (entre janvier et juin 2011). En 2010, ces importations ont été de près de 665 millions de dollars.

Cette hausse n’est pas imputable uniquement à la hausse des prix des produits de base sur le marché international puisque les importations de blé ont connu une croissance sensible en volume.

Durant cette période de 6 mois, l’Algérie a importé 39,7 millions de quintaux de blé et, à la fin juin 2010, le volume des importations a été de 29,3 millions de quintaux.

Le directeur de la régulation au ministère du Commerce a expliqué ce recours massif aux importations par les stocks céréaliers de l’Algérie qui « étaient relativement faibles ».

Au-delà de la langue des chiffres, qui est le discours favori des pouvoirs publics à tous les niveaux, les statistiques sur la filière céréalière font ressortir tout de même des contradictions qui alimentent le doute :

En 2010, l’Algérie a importé 52,3 millions de quintaux de blé alors que la production locale durant la même année, selon le ministère de l’agriculture, a atteint les 47 millions de quintaux, toutes céréales confondues, mais une grande partie est constituée de blés tendre et dur. A la fin de l’année en cours, les importations de blé atteindront, voire dépasseront, facilement les 60 millions de quintaux, puisque près de 40 millions de quintaux ont été déjà enregistrés à la fin juin dernier.

Faux espoir

En 2009, le gouvernement faisait miroiter une réjouissance démesurée sur le pays en affirmant que l’Algérie est sur le point d’assurer son autosuffisance en céréales parce que la production céréalière durant la saison 2008/2009 a atteint les 62 millions de quintaux.

Pour l’année en cours, les services du ministère de l’agriculture affirment que le cap des 45 millions de quintaux sera atteint à la fin de la campagne moissonnage-battage.

Si la production locale atteint de tels niveaux, pourquoi importer autant de céréales chaque année, sachant que les besoins exprimés ne dépassent pas les 80 millions de quintaux (à raison de 200 kg/habitant/an) ?

Certes, le prétexte de la contrebande aux frontières a été avancé pour justifier la hausse de la demande en céréales, mais ce phénomène, à lui seul, ne peut pas canaliser des millions de quintaux de blé.

Cette ampleur des importations de blé est due, simplement, à la médiocrité du produit local, sur le plan quantitatif autant que qualitatif. C’est la seule explication qui parait convaincante.

La qualité des blés produits localement a été déjà remise en cause par les transformateurs. Cependant, il est très difficile de connaître le volume réel de la production locale dès lors il n’existe aucun organisme spécialisé en statistiques qui mène des enquêtes sur le terrain pour être en mesure de vérifier l’authenticité des données.

De nombreux experts et chercheurs universitaires ont déjà posée la problématique des statistiques en Algérie, estimant que celles qui existent ne sont que des chiffres recueillis au niveau de l’administration.

14 Réponses to “Production et importation de blé : Le désaveu par les chiffres”

  1. Agronome Says:

    FILIERE CEREALES, LA DREAM TEAM ALGERIENNE

    D. BELAID 8.05.2014 Ingénieur Agronome.

    Il peut être étonnant de parler de « dream team » hors du secteur sportif. Portant, ce qui se passe actuellement au niveau de la filière céréales est positif. Jamais du point de vue d’augmentation de la production nous n’avons jamais connu de telles évolutions positives. A qui en revient le mérite ? Nous nous proposons de mieux faire connaître les membres de cette « équipe Algérie » qui gagne : cadres dirigeants d’institutions, d’entreprises publiques ou privées ou enfin simples citoyens.

    LES ATTAQUANTS DE POINTE : LA BANQUE AGRICOLE

    Dans toute opération économique, l’argent constitue le « nerf de la guerre ». Aussi, rendons à « César, ce qui appartient à César ». En premier lieu l’augmentation des rendements de céréales vient du financement de la filière. Tous les postes qui constituent la marge brute sont en augmentation. On, ne peut donc que louer l’action des Décideurs ayant pris les mesures d’augmenter les prix à la production, de soutenir les prix des intrants agricoles ou de favoriser le crédit (Rfig et Ettahadi) et les organismes bancaires en charge de cette application.

    CCLS, PMAT, ANABIB, DES AILLIERS SURS.

    Afin de suivre un itinéraire technique efficace, les céréaliers ont plus de moyens matériels à leur disposition. PMAT mais également les importateurs (on aimerait qu’ils soient également fabricants) mettent sur le marché des tracteurs, matériel aratoire, de semis, d’épandage, de pulvérisation et de récolte. PMAT a engagé, sous la direction de son PDG, Attouchi Salah, ingénieur en construction mécanique, un vaste programme de construction d’engins. Dont certains en partenariat comme les moissonneuses-batteuses Sampo. L’OAIC à travers les CCLS et grâce à l’énergie et au dynamisme du PDG, Mr BELABDI Mohamed, apporte une aide conséquente sur le terrain. Exemples : fourniture de semences certifiées, engrais, phytos et aide d’unités de motoculture. Grâce entre autres, à Anabib, se développe l’irrigation d’appoint des céréales. Quand on sait que les céréales sont en déficit hydrique 8 fois sur 10 en fin de cycle, on imagine l’intérêt de la mise en place progressive de cette mesure.

    FIRMES D’AGROFOURNITUES ET MINOTIERS, UNE DEFENSE EFFICACE

    Une révolution a lieu depuis quelques années dans les campagnes. Aux agronomes des instituts techniques et services agricoles viennent s’ajouter les vulgarisateurs du secteur marchand. Sur le terrain, les firmes de produits phytosanitaires et d’engrais développent des réseaux de technico-commerciaux. C’est par exemple le cas de l’entreprise privée PorFert dirigée par les frères Meziani et basée à Béjaïa. De leur côté les principaux possesseurs de moulins mettent en place des réseaux d’appui technique à de gros céréaliers afin de produire en quantité mais aussi en qualité du blé dur. Le conseil technique auparavant cantonné à de la simple diffusion d’information est aujourd’hui accompagné d’un acte marchand. Il en est profondément modifié positivement dans son efficacité. La dynamique en cours a trouvé un cadre original sous forme de clusters régionaux : les CRIC.
    Une palme particulière est à réserver à Eriad et au Groupe Benamor. Celui-ci a initié la mise en place de réseaux d’appui aux agriculteurs. Enfin, Mme Djamila Ikhnèche, du groupe Eriad, a indiqué à la presse que cette entreprise allait mettre sur le marché une farine de blé tendre importée enrichie à 30% de semoule de blé dur produite localement. Cela permettant de réduire les importations.

    DES UNIVERSITAIRES, REMPLACANTS SUR LE BANC DE TOUCHE

    Des universitaires s’illustrent par des innovations remarquables. On peut noter ainsi les résultats de Mme S ATI de l’université de Batna qui montrent que l’application de boues résiduaires permet de doubler le rendement du blé. Mr Arezki Meckliche de l’ex-INA El-Harrach a montré que des fongicides et des pulvérisations foliaires d’engrais doublent le rendement de l’orge. Mr Hamenna Bouzerzour au sein d’une équipe à Sétif propose avec succès l’abandon du labour et l’utilisation du semis direct qui améliore le rendement et permet de lutter contre l’érosion. D’autres encore montrent l’intérêt de mieux utiliser les engrais azotés ou phosphatés en sols calcaires. Cependant, pas assez écoutés, pas assez intégrés ces pionniers restent parfois sur la touche, tels des remplaçants sur leur banc…

    PAYSANS, DES RAMASSEURS DE BALLES

    Tous ces moyens financiers et techniques sont mis en œuvre par les céréaliers. Jamais on ne pourra assez louer leurs efforts afin de chaque année ensemencer leurs parcelles au risque de voir la sécheresse réduire à néant leurs efforts sans possibilité de récupérer la mise de départ (frais de labour, engrais, semences).
    Etrangement ces acteurs de premier plan, bien que contribuant fortement au succès de la filière sont mis en retrait. En effet, existe-t-il des instances où les céréaliers ont leur mot à dire? A distribuer des crédits ? à gérer des agronomes ? Comme le note dans un de ces articles l’agroéconomiste Omar Bessaoud, le « dirigisme administratif » offre peu de place à des élus représentatifs des paysans en Algérie. Combien des céréaliers, membres du prestigieux club des 50 quintaux du MADR, une fois les flashs de la cérémonie annuelle de remise des distinctions accèdent à des postes de responsabilité dans leur région? Quelles responsabilités professionnelles sont proposées à Mr Abdelkrim Salmi de Négrine (Wilaya de Tébessa), lui qui a obtenu un rendement de 84 quintaux/ha ou à Mr Mostfa Benouis qui dépasse les 60 quintaux dans la wilaya de Relizane ? En France de tels céréaliers seraient membre du Conseil d’Administration de la coopérative céréalière ou du CA de la Chambre d’Agriculture. Il faut faire passer les agriculteurs les plus aptes à prendre des responsabilités du statut de ramasseur de balles à celui de donneur d’ordres et de coach.

    METTRE LES BONS JOUEURS AU POSTE ADEQUAT

    Les progrès en matière d’augmentation des rendements céréaliers sont tangibles. Certes, comme le faisait remarquer l’agroéconomiste Slimane Bedrani, dans un article de la presse nationale, avec toutes les sommes investies on aurait pu faire mieux. Faut-il désespérer ? Nous pensons que la situation actuelle n’est que la résultante des forces socio-économiques en présence. Pour faire progresser les choses, à chacun de s’engager. Comment ?

    L’artisan soudeur peut mettre au point des dispositifs permettant d’améliorer les outils du céréalier. L’universitaire peut grâce à internet partager le fruit de ses recherches. L’ingénieur et technicien de terrain peuvent accélérer les procédures administratives et aller vers plus de céréaliers en pratiquant l’enregistrement de performances et en faisant connaître comme le fait le groupe Danone les meilleures pratiques de terrain. Quant aux agriculteurs… Qu’il nous soit permis de citer cette image vue dans un film algérien du début des années 70. Dans un village reculé, un journaliste demande à des villageois ce qu’il en est de leur relation avec les autorités politiques. La réponse fuse : « ma djaw lal ‘anedna, ma rohna lihoum » (ni ils sont venus vers nous, ni nous ne sommes allés vers eux). Nous pensons que c’est aux agriculteurs de tout mettre en œuvre pour bâtir des organisations professionnelles représentatives.

    La filière céréale constitue actuellement une dream team remarquable. Des succès nouveaux sont possibles. Il faut pour cela mettre les bons joueurs au bon endroit.

  2. Agronome Says:

    TRACABILITE DU BLE UN PARI DIFFICILE A TENIR.
    La rude tâche de Mme F. Sadli.

    D. BELAID Ingénieur Agronome.

    A l’issu du récent regroupement des membres du réseau qualité blé du Groupe Benamor, Mme F SADLI, responsable de ce réseau, a rappelé lors d’un entretien à la presse l’importance de la traçabilité* des lots de blés durs réceptionnés à la moisson par les CCLS. Pour les minotiers, il s’agit d’une question primordiale. On ne peut faire de la semoule et des pâtes alimentaires de qualité qu’avec des lots de blé de respectant un cahier des charges. Or, cette qualité est variable selon les exploitations et même entre leurs propres parcelles. A la moisson, les CCLS ont-elles la volonté et les moyens d’analyser les remorques de blé arrivant aux silos et de stocker les grains dans des cellules différentes ? A notre avis, la réponse est actuellement non.

    UN SYSTEME BIAISE A LA BASE.

    Il nous semble que le système est biaisé à la base. Le premier objectif des CCLS est d’assurer avant tout la réception au niveau de ses silos des moissons des agriculteurs. Avec l’augmentation de la production nationale la tâche est de plus en plus lourde. Les moyens matériels mis à la disposition des CCLS ont-ils suivi? Oui. Les CCLS font même appel à des camionneurs privés, utilisent des bennes Marel, laissent ouvert les silos du lever au coucher du soleil et rémunèrent sous 72 heures les agriculteurs. Mais, la télévision montre encore des cargaisons de sacs de blé déchargées à dos d’homme. Cela donne une idée des goulots d’étranglement qui peuvent exister malgré les efforts louables des cadres et ouvriers des CCLS. A l’insuffisance des moyens matériels (il faudrait plus de pompes à grains, plus de vis sans fin, plus de tapis convoyeurs, plus de boisseaux de chargements) les CCLS doivent faire avec le manque de moyens de stockage. Certes, de nouveaux programmes de construction de silos sont en cours et il est fait appel aux capacités de stockage des minotiers. Cela ne suffit pas. On le constate, la tâche des CCLS est considérable.

    A cette action de collecte, il faudrait donc rajouter le stockage selon la qualité des grains. Est-ce que les CCLS seront mieux rémunérées si elles adoptent une politique de constitution de lots selon la qualité ? En y regardant de plus près, force est de constater qu’on ne peut répondre que par la négative.
    En effet, nous avons vu la tâche considérable des CCLS. Mais, s’il n’y a aucune concurrence, pourquoi voudrait-on que les CCLS se créent d’elles mêmes plus de difficultés? Il faut savoir que sous d’autres cieux, les organismes de collectes (coopératives et négoce) se livrent des batailles dantesques pour collecter le maximum de grains. Ces organismes trouvent d’autant plus de débouchés qu’ils arrivent à proposer aux minotiers des lots répondant aux cahiers de charges qu’imposent les propriétaires des moulins à grains. Aussi, ces organismes de collecte sont aux avant postes pour demander à leurs adhérents de faire de la qualité. Certes, cela n’empêche pas parfois quelques agriculteurs de verser dans le « trou » du silo de la coopérative des blés fourragers au milieu de blés meuniers notamment destinés à l’export (Egypte, Algérie).
    Chez nous, rien de tout cela. C’est le règne du « hez woula khali ». Il ne s’agit pas de jeter la pierre aux CCLS, celles-ci ont déjà assez à faire.

    SORTIR DU REGNE DE LA DEBROUILLE ET DE LA BRICOLE

    Aussi, c’est le règne de la débrouille et de la bricole. En absences de règles de jeu logiques, chaque acteur essaye de faire ce qu’il peut. D’où l’apparition des réseaux qualités blés au niveau des minotiers. Ceux-ci exhortent les céréaliers de produire du blé dur exempt d’impuretés (graviers, graines de mauvaises herbes, …) et de bonne qualité semoulière dont la richesse en protéines.
    Mais qu’on à y gagner les céréaliers ? A part un lointain maintien de la filière blé dur et de la prime de 1000 DA en plus des 3500 DA pour tout quintal livré aux CCLS, l’intérêt immédiat n’est pas palpable. Les barèmes de réfaction datent de 1988. Il serait dorénavant nécessaire d’inclure dans ces barèmes plus de paramètres liés à la qualité du grain.

    Malgré cet environnement législatif inadéquat les minotiers poursuivent leur quête de la qualité. Mais une fois le choix des bonnes variétés semoulières opérés par les agriculteurs et le respect d’un itinéraire adéquat, si c’est pour voir leurs grains obtenus mélangés au niveau des silos des CCLS à ceux des agriculteurs ne respectant pas de charte de qualité, où sont les progrès ? On comprend mieux le récent cri d’alarme de Mme S Fadli « Si la céréaliculture n’est pas soumise à une traçabilité notre production sera étouffée».

    « SEPARER LE BON GRAIN DE L’IVRAIE »

    La solution pourrait consister en une politique contractuelle entre des céréaliers et des minotiers. Ces céréaliers s’engageant à n’utiliser que des variétés recommandées par les minotiers, à apporter les doses adéquates d’azote en les fractionnant comme le recommande l’ITGC, bref en respectant un cahier des charges aisément vérifiable. Cela peut être réalisé sur la base de factures d’achat des semences des variétés recommandées ou des sacs d’engrais azotés. Ainsi, à la moisson, dès l’arrivée des remorques de blé de ces agriculteurs, leur cargaison pourrait être directement stockée dans des cellules précises. Il ne s’agit pas de multiplier les lots mais simplement « séparer le bon grain de l’ivraie » exemple faire un silo réservé au blé dur à taux de protéine inférieur à 12% et un autre pour les blés supérieur à 12%. Par la suite en fonction de besoins spécifiques du transformateur, ce serait au chef magasinier du minotier de réaliser des coupages plus fins en rajoutant aux lots de blés à 12% de protéines à partir des blés de force.

    La solution du stockage à la ferme n’a jamais été testée en Algérie. On pourrait imaginer demander à des agriculteurs sous contrat qualité de stocker une partie de leur récolte à la ferme. Cela laisserait tout le loisir aux CCLS et transformateurs de réaliser les analyses qualité. Une telle politique suppose des installations spécifiques au niveau des exploitations et l’octroi d’une prime d’encouragement.

    Un contrôle à posteriori du taux de protéines des grains permettrait d’appliquer ou non des réfactions. Certes, dans ce cas là une cargaison médiocre serait déjà mélangée dans un silo réservé aux blés de qualité. Mais il faut compter sur l’effet dissuasif à moyen terme des réfactions sur le revenu du céréaliculteur.
    Un moyen simple de réaliser une pré-analyse du taux de protéines peut être de mesurer le taux de grains mitadinés. Pour cela, il existe des appareils simples basés sur un test mécanique : section d’une centaine de grains. En effet, la section des grains mitadinés est caractérisée par un aspect blanchâtre. Un tel test pourrait être réalisé pour les blés durs sous contrat.

    En absence de moyens d’analyses des grains au niveau des CCLS, il serait possible de diriger les cargaisons des agriculteurs sous contrat qualité directement vers les silos des minotiers. L’agréage pourrait être réalisé à la porte du silo par un agent CCLS affecté spécialement chez le minotier.
    Quelque soit le scénario choisi, il s’agit de revoir les barèmes de réfaction. Les cas graves de déclassement de remorques de blé dur l’ont été jusqu’à la volonté de suppression de 1 000 DA par quintal. Les quelques cas où cela a voulu être appliqué, une telle mesure a entrainé de vives protestation de la part des céréaliers ; cela a été le cas il y a quelques années à Rahouia (W. de Tiaret). Un barème progressif serait donc le bienvenu.
    La force de la loi d’un tel barème de réfactions amènera forcément les CCLS à une politique de tri des lots de blé dur selon leur qualité. Encore faudrait-il qu’elles en aient les moyens matériels.

    DIALOGUE, DIAGNOTIC, DECISION

    Ces préoccupations d’assurer une meilleure qualité des blés durs nouvelles sont nées de la nécessité de compter sur la production nationale de blé dur et non plus seulement de l’importation. Elles témoignent d’une volonté de mieux faire.
    Il s’agit de trouver des solutions organisationnelles pour la filière céréales à partir de notre historique de développement mais aussi en y intégrant progressivement des solutions ayant fait leurs preuves à l’étranger. Il est évident que l’objectif de qualité ne doit pas rester une vaine incantation au niveau des CCLS mais se traduire par une incitation financière et l’établissement de normes (exemple, nouveau barème de réfaction). Reste à trouver la forme.

    Aussi, il s’agit de poursuivre la discussion au sein de la filière telle que le permet les structures CIC et CRIC. Le dialogue et la concertation entre les différentes composantes de la filière céréales peut permettre d’avancer vers de nouvelles façons de procéder. Par exemple, une révision des barèmes de réfaction avec insertion de nouveaux paramètres nécessite de tenir compte des capacités opérationnelles en matière d’analyse au niveau des points de collecte des CCLS. En effet, s’il est aisé et rapide de déterminer un poids spécifique, il est plus ardu d’analyser en un laps de temps restreint le taux de protéines d’une remorque de blé franchissant le portail d’un silo (en Europe, la plupart des organismes de collecte sont équipés d’appareils d’analyse instantanée du taux de protéines). Une solution transitoire pourrait être d’adopter le test de mitadinage.

    Ces questions sont loin d’être aisées. Les céréales, représentent un aliment de base de la population. A ce titre, elles constituent un secteur stratégique. Chacun se souvient des dernières émeutes relatives au prix de l’huile et du sucre ou des émeutes relatives au prix du pain en Egypte.

    Plus que jamais, il nous semble nécessaire de réaliser des analyses fines de la part d’agroéconomistes et de juristes confirmés afin de nourrir le débat au sein des instances de concertation de la filière céréales. Il serait souhaitable d’orienter les sujets de mémoire des étudiants en fin d’études vers ce thème. Les journalistes ont eux aussi un rôle à jouer. Par la description des situations sur le terrain, ils peuvent contribuer à informer le large public et les décideurs à différents niveaux.

    NOTES :
    (*) El Watan 10 avril 2014.

  3. temp ideale de plantation du blé je peut savoir exacte svp

  4. Afin d’augmenter la production de céréales, il y a mille et une mesures à prendre. Je voudrais signaler celle concernant la localisation des engrais au plus près des semences. Je vous livre une réflexion sur le sujet.

    ALGERIE : LOCALISER LES ENGRAIS EN CEREALICULTURE

    Djamel BELAID Enseignant-Chercheur.

    A l’étranger la localisation des engrais au plus près de la semence a longtemps été réservée aux cultures à large écartement : comme le maïs ou la betterave à sucre. Mais depuis quelques années sont apparus des semoirs à double trémie pour les céréales. Qu’en est-il en Algérie ? Cette méthode a-t-elle un intérêt en Algérie ?

    UN ETAT DES LEUX
    En Algérie, l’épandage des engrais est principalement réalisé sous forme de produits solides réalisés épandeurs centrifuges ou en utilisant des semoirs à grains. Les engrais phosphatés et potassiques sont parfois épandus avant labour de jachère. Ces épandages s’effectuent dans un contexte de forte hausse des prix des engrais, un fort pouvoir fixateur des sols vis-à-vis des engrais phosphatés et les risques de stress hydriques.

    DE NOMBREUX INTERETS
    La localisation est particulièrement intéressante dans le cas des engrais phosphatés et ammoniacaux. Dans le cas des engrais phosphatés, le fort pouvoir fixateur du sol provoque une rapide insolubilisation en particulier dans le cas du superphosphate. Positionner au plus près les engrais de la semence permet leur meilleure absorption par les racines avant ce risque d’insolubilisation. Quant aux engrais ammoniacaux tels l’urée, les risques de volatilisation dans l’atmosphère sont grands. La localisation avec enfouissement réduit cette volatilisation d’autant plus que les températures et le vent fort sont des facteurs aggravants.
    Les agriculteurs étrangers pratiquant la localisation affirment que cela leur a permis de réduire de 20% les doses d’engrais employées. Par ailleurs, la localisation permet d’économiser un passage de tracteur.

    DIFFERENTS POSITIONNEMENTS DE L’ENGRAIS
    Les possibilités de positionnement offertes par le matériel existant sont multiples. On en dénombre cinq.
    La majorité des engins proposent une localisation de l’engrais sur la ligne de semis. C’est la solution la plus simple et la moins coûteuse. Elle présente l’inconvénient de risque de brûlures des graines en cas d’emplois d’engrais assez agressifs tel l’urée. Cette toxicité n’est cependant avérée que pour des doses élevées d’engrais (150 à 200 unités d’azote/ha).
    Afin d’éviter le contact avec les semences, un autre procédé consiste à positionner l’engrais dans le rang, mais quelques centimètres plus bas que les semences. Certains constructeurs proposent un léger décalage (5 à 7 cm) sur le côté par rapport à la semence. Une autre solution est l’incorporation des engrais entre deux lignes de semis. Le dernier procédé consiste en un positionnement des engrais au dessus des semences.

    QUEL MATERIEL UTILISER ?
    Les semoirs avec localisateurs d’engrais sont quasiment absents en Algérie. Comment donc réaliser une localisation des engrais ? En attendant l’importation de ce type de matériel, voire d’une production locale adaptée, une solution est possible. Il s’agit de mélanger engrais et semences dans la trémie du semoir. On évitera bien entendu les engrais agressifs tels l’urée; bien que cela reste à préciser. Selon le Pr DOTCHEV, coopérant bulgare en poste dans les années 80 à Batna, cette technique est possible en évitant cependant de laisser toute une nuit semences et engrais en contact dans la trémie. On peut penser, que pour de faibles doses et pour des durées courtes, l’association de semences et d’engrais dans une même trémie est possible. Et cela, sans conséquence sur la germination des graines de céréales.
    A cet égard, il serait intéressant que des étudiants en agronomie travaillent sur ce sujet dans le cadre de leurs mémoires de fin d’études. Des références précises quant aux possibilités de mélanges d’engrais dans la trémie du semoir et des conséquences avant semis mais également in situ sont à acquérir. Les agriculteurs et leurs techniciens de Chambre d’Agriculteurs, de leurs côtés, se doivent de tester ces différentes possibilités.

    En résumé, face à l’augmentation du prix des engrais, il devient urgent d’arriver à une meilleure efficacité dans leur utilisation. Les conditions pédoclimatiques particulièrement difficiles (sols calcaires et stress hydrique) rendent urgent l’adoption de techniques performantes. A ce titre, la localisation des engrais est un moyen particulièrement intéressant.

  5. rih750 Says:

    je suis agronome et je passe le plus clair de mon temps a compter,a estimer averifier .conclusion plus de 50 pour cent est perdu lors de la recolte.reveillez -vous

  6. la vrai richesse pour toute nation qui se respecte c’est bien l’être humain après viennent les autres facteurs ….etc.

  7. nouar Says:

    L’aide de l’état aux céréaliers a eu comme conséquence l’augmentation des rendements c’est une tendance stable puisque elle se base sur le profit, moteur de toutes les énergies. quant aux importations massives sont à mettre sur la nervosité d’El mouradia. comme nos frontières sont incontrôlables. l’état triple les quantités de produits subventionnés mis sur le marché pour que chacun d’entre nous puisse acheter sa baguette de pain chez l’épicier du coin, si non le printemps algérien se mettra en marche.
    pour mettre un terme aux gaspillages et pouvoir vivre des produits de notre sol, il y ‘ a lieu de lever toutes les subventions et de les remplacer par une carte magnétique (bon alimentaire). les populations vulnérables seront identifiées mis sous la protection de l’état, les autres, comme vous et moi, seront obligés de payer le vrai prix; conséquence, nous mettrons fin aux pains jetés dans les sachets, nous ferons très attention au contenu de nos assiettes, il va de notre pouvoir d’achat avant notre santé. je voudrais apporter cette fois ci mon expertise , puisque l’occasion m’est offerte par le biais de votre blog concernant la qualité des blés algériens. dans l’ensemble se sont des blés qui répondent à nos utilisations. les différents sons de cloche que nous entendons ça et là proviennent au fait de la contradiction des intérêts. les organismes stockeurs qui sont étatiques juges les blés de bonnes qualités sur la base de leur poids à l’hectolitre et accessoirement sur les impuretés. mais à l’avenir se paramètre sera décisif dans le payement du céréaliculteur. en face , le transformateur, qui est un industriel privé avec un crédit sur la gorge , pour qui la qualité se mesure au rendement et à la couleur pour la semoule et la blancheur pour la farine, pestiféra contre nos blés puisque ils souffrent momentanément de rendement faible lors de la trituration et sont peu colorés en jaune. que faire? des pays en avance sur nous , on trouvé la solution intermédiaire. chaque année les blés de la récolte sont analysés par un laboratoire agrée par les stockeurs, les céréaliculteurs et les transformateurs. les résultats de ses analyses guident les organismes publics sur la fixation des barèmes de payements, les stockeurs (CCLS) sur les coupages et les transformateurs sur la qualité réelle des blés de l’année. pour un industriel produisant des spaghetti al denté, un apport en blé étranger s’avère indispensable mais pour celui qui destine sa semoule aux makroute couscous et autres spécialités locales, nos blés sont excellents.

  8. erod39 Says:

    Je comprends aisément vos réactions et pourtant le potentiel est là !
    Les Romains l’avaient bien mieux compris que nous en choisissant cette terre pour en faire leur « grenier ».
    La luminosité dont bénéficie l’Algérie est exceptionnelle et les rendements de 60 à 80 quintaux sont largement atteignables !
    Aujourd’hui les techniques agricoles ont beaucoup évoluées grâce à l‘observation des pratiques des fellahs, notamment en Amérique du Sud.
    Cela a donné naissance à « l’agriculture de conservation » ; une méthode de culture qui repose sur 3 principes : On ne labour plus la terre, on protége le sol en maintenant une couverture végétale et on applique une bonne rotation des cultures.
    Ce modèle agricole permet non seulement d’améliorer les rendements, mais également de réduire les coûts des intrants (semence, engrais, produits phytosanitaires) de plus de 30% !
    Des terres qui n’avaient jamais produits plus de 40 quintaux de maïs à l’hectare, peuvent dépasser les 100 quintaux d’un maïs d’une qualité exceptionnelle.
    Quand on ne laboure plus la terre, cela lui permet de retrouver une structure qui va rendre le sol vivant ; les micro-organismes présent vont réaliser un travail de profondeur qui va favoriser l’infiltration de l’eau et donc le renouvellement des nappes phréatiques !
    Quand on laboure le sol, les racines des cultures ne dépassent jamais 30 cm, alors que si on laisse le sol vivre, les racines vont descendre à plus de 1m50 de profondeur et vont ainsi mieux se nourrir, mieux se protéger mais aussi mieux s’hydrater en profitant de l’humidité présente en profondeur.
    Entre deux cultures, on doit planter une couverture végétale qui va servir à protéger le sol et éviter l’érosion, mais aussi à nourrir les micro-organismes présents dans le sol !
    Le dernier fondement de ce modèle agricole est la rotation des cultures, en cultivant toujours la même chose sur une parcelle, on favorise le développement des problèmes alors qu’en effectuant une rotation, les cultures vont créer des environnements favorables à la culture suivante.
    Un exemple qui marche bien c’est : du poids ensuite du Colza, puis du blé et enfin du maïs !
    La Fao (ONU) a mis en place un site pour promouvoir ce modèle agricole :
    http://www.fao.org/ag/ca/fr/index.html
    Et voici une vidéo qui permet de mieux comprendre le potentiel :

    Ce modèle agricole a démontré que la nature était bien plus forte que les produits chimiques.

    Quand aux prix des terres agricoles, c’est un problème plus vaste ; le même qui fait que le prix d’une chambre d’hôtel est de 15 000 Da la nuit, la location d’un taudis à 50 000Da/mois ou que le prix des légumes peut doubler en une seule nuit malgré la profusion de denrée ; on peut appeler ça le « n’importe quoi » !

    Sur la bétonisation, je pensais que le gouvernement avec la loi de protection des terres agricoles avait enfin pris de conscience de l’enjeu mais il n’en est rien ; et pour preuve en pleines vacances, on peut sortir un décret à une vitesse fulgurante, qui condamne des milliers d’hectare….. ou détruire le magnifique Bois des Pins dans une anarchie administrative complète !
    Décidemment j’ai l’impression que je suis encore bien naïf !

    • Vous avez tout a fait raison de proposer d’abandonner le labour et de développer le semis direct sous couvert comme préconisé dans la vidéo proposée (ps: cette vidéo est de Mr Stéphane Aïssasoui, un ingénieur agronome franco-algérien qui fait un gros boulot de sensibilisation des agriculteurs français avec ses vidéos. Il serait bon d’inviter en Algérie).

      Une réflexion personnelle sur ce sujet:

      ALGERIE: LE SEMIS DIRECT, UNE REVOLUTION TECHNIQUE.

      Djamel BELAID Aoüt 2011.

      Traditionnellement, avant de semer des céréales, l’agriculteur procède au labour de sa parcelle. Des agronomes algériens proposent de s’affranchir de cette étape couteuse en temps et en moyens matériels pour procéder directement au semis. C’est la technique du semis direct. Depuis 5 ans, dans les régions de Sétif, Oum El Bouaghi, Guelma ou Annaba, des EAC et EAI se sont déjà convertis à cette nouvelle pratique. On compte déjà une vingtaine de semoirs direct sur le terrain. Près de 7000 hectares sont concernés. L’année dernière un colloque sur la question s’est tenu à Sétif. Comment expliquer cet engouement?

      En semis direct, nécessité d’un matériel spécifique.

      Cette nouvelle technique repose sur l’abandon du labour. Elle nécessite un matériel spécifique. En semis direct, il n’y a plus de travail du sol tel qu’on l’entend traditionnellement. Le labour ou l’emploi d’outils à disques du type déchaumeuse ou cover-crop est ainsi exclu. Aussi, lors du semis, le semoir doit donc disposer de disques ou de dents capables d’entamer la surface du sol afin de déposer les semences à 3 centimètres de profondeur. Ce type de semoir est donc différent des semoirs actuellement existant sur les exploitations agricoles. Il est plus lourd. Cette technique implique donc de disposer de semoirs spécifiques.

      Des techniciens ont cependant adapté un semoir traditionnel en semoir pour semis direct. Sans abandonner l’idée d’importer de nouveaux semoirs, il serait intéressant de voir ce que des artisans locaux pourraient faire afin de modifier ces semoirs.

      Une autre contrainte apparaît avec l’abandon du labour. En retournant la terre, celui-ci permet d’éliminer les mauvaises herbes déjà installées à l’automne. Le semis direct implique donc obligatoirement une lutte chimique contre ces adventices déjà présentent au semis. L’exploitant désirant passer au semis direct doit donc impérativement disposer d’un pulvérisateur afin de procéder à un désherbage chimique.

      Avec le semis direct moins d’érosion.

      En climat méditerranéen, les sols sont fortement sensibles à l’érosion. Sur les hauts-plateaux, il est fréquent d’observer sur les sols en pente, des ravines; signes d’érosion. L’érosion peut emporter de 2000 à 4000 tonnes de terre par km2 et par an. A l’échelle de temps humaine, ce sol qui est emporté par les pluies n’a pas le temps d’être régénéré.

      Or, le semis direct est considéré par les spécialistes comme une technique permettant la conservation des sols.

      Le labour est remis en question dans différentes régions du monde. Ses détracteurs l’accusent, à juste titre, de favoriser la minéralisation de la matière organique du sol, de ne pas respecter la biologie du sol et donc de favoriser l’érosion.

      Un universitaire algérien, le Pr M.KRIBAA a montré, dès 2001, que dans nos conditions climatiques et pédologiques, les techniques conventionnelles dégradent fortement la matière organique du sol. Or, cette matière organique protège le sol contre l’érosion. Certes, cette dégradation se traduit par une minéralisation de la matière organique et donc la production d’éléments minéraux bien utiles à la plante. Mais, il existe un autre moyen d’apporter ces précieux éléments: en utilisant des engrais. On préserve ainsi, le capital organique du sol si bénéfique pour la rétention d’eau.

      Car, il faut rappeler que l’agriculture coloniale a été, avant tout, une agriculture « minière ». Contrairement à l’araire du fellah, la charrue en acier des colons a permis d’exploiter des couches de sols plus profondes et donc plus riches en matière organique. La minéralisation de cette matière organique qui s’était accumulée pendant des siècles a permis au colon de ne pas utiliser d’engrais. Les agronomes de l’époque s’émerveillaient du fait qu’il suffisait de travailler le sol plus profondément et plus souvent pour que les rendements augmentent et cela sans le moindre sac d’engrais. Actuellement, si l’utilisation des engrais progresse, la dent du mouton pâturant après la récolte, ne laisse aucun brin de paille sur le sol. A part les racines, le sol n’est pas enrichi en cette précieuse matière organique si protectrice pour nos sols.

      Dans certaines régions, les sols sont très peu profonds, la pluviométrie faible et irrégulière. Après les 40 centimètres de terre arable, le calcaire de la roche mère apparaît. Les racines des cultures ne peuvent trouver dans ces conditions toute l’eau et les minéraux nécessaires à une bonne croissance. Les rendements sont faibles. Dans de telles conditions, le labour s’avère non seulement une opération qui dégrade le sol mais également économiquement non rentable. Les agronomes présents au sud de Sétif notent même des phénomènes d’érosion éoliennes. Dans de tels sols, le labour n’aurait que pour effet de remonter des pierres et assécher les premières couche du sol.

      Semer 10 fois plus vite.

      Dans les exploitations agricoles, la période labour-semis des céréales est l’occasion d’une pointe de travail à l’automne et de retards dans l’exécution des semis. Souvent on attend les pluies pour commencer les semis. Il est vrai que labourer un sol trop sec demande des efforts au matériel. Les moteurs chauffent et les tracteurs sont usés prématurément. Chaque variété de blé et d’orge possède une période idéale de semis. Passée cette période, les rendements chutent. Or, le semis direct permet une meilleure flexibilité dans l’organisation des chantiers de semis.

      Les exploitations agricoles manquent de tracteurs pour labourer, affiner le sol et semer. Il y a bien sûr un manque de tracteurs mais aussi un manque de tracteurs puissants. De ce fait, les tracteurs ne peuvent tirer que des outils de faible largeur. Quand on sait que les parcelles à semer sont de l’ordre de la dizaine d’hectares et plus, on peut imaginer la lenteur des travaux. Or, répétons le, passée la date optimale de semis, le rendement de la culture diminue.

      Le secteur agricole est par ailleurs, tourné vers la résorption de la jachère. Sur les hauts-Plateaux, traditionnellement seulement moitié de la superficie d’une exploitation est semée en céréales. L’autre moitié n’est pas semée; elle est laissée en jachère. Les surfaces en jachère sont certes pâturées par les troupeaux de moutons mais c’est autant de terres non semées en céréales ou fourrages.

      Réduire les importations alimentaires implique donc de réduire les surfaces en jachère. Mais cela a pour corollaire de travailler plus de surfaces.

      Or, le semis direct permet d’accélérer la vitesse des chantiers de semis. Un chantier conventionnel sur 100 hectares conduit de façon optimale demande 63 jours de travail contre 6 jours pour un chantier en semis direct. Certes, tous les chantiers de semis ne comptent pas 3 passages de cover-crop après labour et un roulage après semis. Il existe bien des itinéraires techniques moins sophistiqués. Mais, quelque soit le niveau de sophistication de l’exploitant, le semis direct permet une nette économie en moyen de traction.

      Le semis direct un moyen d’économiser l’eau du sol.

      Mieux, le semis direct permet également une meilleure utilisation de l’humidité du sol par réduction de l’évaporation de l’eau de pluie.

      En conduite classique, afin de ne pas être pris de cours, l’agriculteur est parfois amené à travailler le sol dès le mois de septembre, voire dès le printemps lorsqu’il s’agit d’un labour de jachère. Or, cette pratique en sol sec est usante pour le tracteur: la charrue peine à retourner le sol sec et le moteur du tracteur chauffe. Le semis direct permet de ne commencer la campagne de semis qu’au moment optimum: octobre-novembre après de premières pluies. Le semis direct n’entraînant pas de retournement de sol, il y a une meilleure conservation de l’humidité du sol. En effet, des agronomes ont montré qu’un simple passage de cover-crop provoque une perte de 10 millimètres d’eau emmagasinée dans le sol.

      Les travaux réalisés dans la Mitidja montrent que fin mai, les parcelles en semis direct présentent un taux d’humidité de 10,7% contre 9,7% en semis conventionnel et de 8,4% début juin en semis direct contre seulement 7,1% en semis conventionnel. Ces différences apparaissent minimes. Cependant, il s’agit là d’un moment crucial pour le blé. C’est à ce moment là que les réserves d’amidon accumulées dans les feuilles migrent vers les grains. Cette migration ne peut se faire que si la plante dispose d’assez d’eau. Les agronomes ayant menés les essais expliquent cette meilleure humidité du sol par une réduction de la porosité du sol. Selon Mr O. Zaghouane de l’ITGC, le labour crée des vides (pores) dans le sol, ce qui favorise l’évaporation du sol.

      Par ailleurs, en cas de fortes pluies automnales et d’arrêt des semis, un chantier de semis direct peut être ré-ouvert plus rapidement. En effet, le temps de ressuyage du sol est plus court puisque le tracteur roule sur un sol non remué; il y a moins de boue.

      Une technique hautement rentable économiquement.

      Des essais menés menés de 2006 à 2008 en conditions semi-arides montrent des rendements moyens de 13,2 qx:ha en semis direct contre 10 qx/ha en semis conventionnel. Comme les frais mobilisés pour implanter la culture sont bien moins élevés qu’en semis conventionnels, le semis direct présente donc une nette rentabilité.

      La ferme pilote de Sersour au sud de Sétif pratique le semis direct sur de grandes parcelles. L’analyse économique montre des résultats en faveur de cette nouvelle technique. En semis conventionnel, les charges totales sont de 13 400 DA à l’hectare contre seulement 9700 DA/ha en semis direct. Ce qui permet un produit de 21 000 DA/ha contre seulement 6900DA/ha en semis conventionnel. Cela est à imputer aux frais de mécanisation qui passent de 8700 DA/ha à 4500 DA/ha suite à la réduction du nombre de passages de tracteur pour travailler le sol. Mr A. Bouguendouz, ingénieur agronome, explique qu’à la ferme de Sersour, la campagne de semailles ne prend plus que moitié du temps par rapport à l’ancienne méthode.

      0n peut ainsi comprendre que la technique du semis direct ne soit plus restée cantonnée aux seuls essais et que des agriculteurs l’adoptent. Il faut également noter l’efficace travail de vulgarisation menés par les cadres de l’ITGC. Afin de mieux faire circuler l’information entre universitaires, stations de recherche, et agriculteurs une association « Trait d’Union pour une agriculture Moderne » a même vu le jour à Sétif. L’ATU se propose de « rapprocher le chercheur du terrain pour mettre à l’épreuve les résultats de sa recherche, en tant que prestataire de services, et aider l’agriculteur, en tant que client de la recherche, à identifier, hiérarchiser et formuler ses problèmes pour les soumettre au chercheur ».

      La technique du semis directe a l’avantage d’améliorer le revenu des agriculteurs tout en conservant les sols. Cette technique qui ne se conçoit pas sans désherbage chimique et semoirs adaptés peut constituer une véritable révolution.

  9. erod39 Says:

    Ce n’est pas nouveau et exclusivement réservé à l’Algérie, que de voir des responsables politiques ou d’administration se vanter des superbes performances du secteur dont-ils ont la responsabilité.

    Pour s’en convaincre, Il suffit de voir ou revoir les différents articles consacrés cette année aux « exceptionnelles » récoltes de céréales dans les wilayas.
    A les entendre, la céréaliculture Algérienne serait d’une performance absolue avec ses rendements de 20 quintaux à l’hectare !

    Et pourtant dans les faits avec une telle productivité, aucun agriculteur au monde ne pourrait économiquement survivre durablement.

    Et c’est bien là le problème, la réalité économique n’existe pas en Algérie et cela ne concerne pas que l’agriculture.

    Prix des chambres d’hôtel, montant des loyers, prix de vente demandés pour un appartement ou un terrain…..
    La liste serait longue !

    Le prix de revient ou la marge bénéficiaire sont des notions qui ne sont pas exploités et pourtant elles sont la base de tout système économique viable.

    Dans le domaine économique, les subventions de l’état sont un mal absolu !
    Quand elles ne sont pas détournées, elles empêchent le bénéficiaire d’innover pour atteindre un équilibre économique qui lui permettra de se développer durablement !

    A ce propos, on peut citer l’exemple de la Nouvelle Zélande qui en supprimant les subventions agricoles, a permis l’émergence d’une créativité qui a fait de ce pays le premier exportateur de lait et d’agneau dans le monde.

    Le monde agricole, longtemps considéré comme un secteur peu reluisant, est en train de vivre une révolution ; des groupes cotés en bourse se lancent dans l’achat massif et la mise en production de terres agricoles !
    Et pour cause, les besoins alimentaires de la planète sont en hausses constantes entre les besoins des hommes, celui du bétail et bien sur les biocarburants.
    Autant d’éléments qui favoriseront le maintien du prix des céréales à un niveau élevé !

    On comprend donc aisément les enjeux pour l’Algérie d’arriver à l’autosuffisance et la clairvoyance du gouvernement dans ce domaine.

    Mais ce n’est pas une chose facile, un agriculteur se doit d’être un bon technicien qui maîtrise les itinéraires techniques de production mais aussi un excellent gestionnaire capable d’assurer le développement de son exploitation à long terme.
    Nombreux sont les ingénieurs en agronomie qui ont échoués en se lançant dans des projets agricoles.

    L’agriculture est un secteur qui nécessite des investissements importants en matériel mais également en trésorerie ; la mise en exploitation d’un hectare de blé nécessite un apport minimum de 35 000 à 40 000 dinar en intrant (semence, engrais, produits phytosanitaires).

    Aujourd’hui, un investisseur qui souhaiterait se lancer dans la culture de céréales se retrouverait face à deux choix :
    Le premier serait de faire une demande de concession des terres de l’état mais la superficie des terres qu’on lui concéderait serait trop petite pour lui permettre d’amortir son matériel et de couvrir ses frais de structure.

    La seconde serait d’opter pour l’achat de terres agricoles privées mais là, il serait confronté au prix affichés des terres agricoles qui se situent entre 2 et 3 millions de dinars l‘hectare.

    Le retour sur investissement est impossible à ce niveau de prix puisqu’il se situeraient entre 50 et 100 ans, voir beaucoup plus si on se base sur les rendements actuels en Algérie.
    C’est bien cette absence de réalité économique qui fait que les agriculteurs se sont retrouvés dans une situation de surendettement catastrophique qui a nécessité l’effacement de leurs dettes par le gouvernement.

    Et comme si ça ne suffisait pas, les terres agricoles se retrouvent prises entre la désertification au sud, le bétonnage au nord et la salinisation qui provoque la stérilisation de certaines terres par des pratiques d’agriculteurs peu scrupuleux du devenir de notre patrimoine.

    Et pourtant, le potentiel agricole de l’Algérie est énorme, nos terres devraient produire des rendements de 60 à 80 quintaux de blé à l’hectare, à comparer à nos 20 quintaux actuels !
    Cette terre agricole est notre bien le plus précieux, elle vaut bien plus que de l’or mais si nous continuons ainsi, notre or se transformera en plomb.

    • mobencous Says:

      vous avez tout dit sauf que sur un point,je ne suis pas d’accord: le potentiel agricole est énorme?60 80 quintaux de blé? j’en doute:les terres du nord comme vous dites sont bétonnées et on continue,plus au sud c la désertification,alors ou est ce potentiel?maquache!nous sommes cuits,condamnés à importer notre lait légumes secs et céréales pour toujours! le peu de terres fertiles du nord est perdu,construit,le reste est aride ou carrémment désert!pas d’eau,pas de pluies!rienque du pétrole,et encore pas pour longtemps!nos instituts ne font rien pour y remédier!on a délaissé le barrage vert,une oeuvre grandiose,initiée par des génies visionnaires,aujourd’hui on plante des panneaux sur lesquels on écrit »plantez 1 arbre » au lieu d’aller enplanter des millions!on attend la journée mondiale de l’arbre,comme le canada,et les autres pays forestiers!

      • JKAVI Says:

        Les constats sont tout à fait valides, mais là où je ne vous suit pas, c’est que les rendements à viser et la rentabilité économique à espérer ne sont pas au niveau où le marché mondial les situe. Pouvoir créer une agriculture autosuffisante en Algérie suppose, du fait du climat, de la ressource en eau et des raisons économiques, de développer les techniques de culture issues de l’agronomie biologique, des recherches les plus pointues en agro-écologie. Là est le salut pour l’Algérie. Filières de distribution courtes, rotation des cultures, agroforesterie, engrais verts, systèmes d’irrigation économes et récupération des eaux pluviales, retour de semences adaptées aux terroirs. Surtout pas d’engrais ni de pesticides, car là, vous êtes sûrs de détruire cette terre en or. Justement, la révolution verte de l’agro-chimie a frappé l’Algérie dès les années 30 dans la Mitidja, et ce n’est pas le modèle à suivre, car c’est celui précisément de l’endettement, et il faut plutot rechercher l’autonomie et le développement endogène à partir d’une production agricole qui ne détruit pas la ressource. Et lutter contre la bétonisation. Pour le prix des terres, je ne sais pas quelle serait la solution, mais cultiver de petites surfaces en agronomie biologique, c’est possible. La Tunisie, le Maroc, l’Egypte s’y mettent. Pourquoi pas l’Algérie. D’autre part, c’est un marché d’avenir, quand l’heure d’exporter aura sonné.

        • Agronome. Says:

          Je vous cite: « Surtout pas d’engrais ni de pesticides ».
          Sur ce point, je ne peux vous suivre.
          – les engrais sont indispensables à l’élévation des rendements. On ne peut procéder comme il y au temps de l’Emir AEK.
          – idem concernant les produits phytosanitaires, lutter contre les mauvaises herbes, lutter contre les pucerons vecteurs de viroses… Une grande réserve de productivité existe.
          Alors, concernant l’aspect durable de l’agriculture, il est bon qu’on redécouvre cet aspect là. Le semis direct est un exemple de la réflexion de l’agronomie algérienne. Cela est salutaire et permet d’espérer..

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