Sécurité alimentaire : Une question d’idées *

Au-delà du spectre de la famine qu’elle a fait planer sur la planète entière et le manque de nourriture qu’elle a fait subir à des millions de populations des pays pauvres, notamment en Afrique et en Asie, la crise alimentaire de 2007-2008 a réveillé le génie et aiguisé l’intelligence de certains opérateurs condamnés à trouver des solutions de rechange pour survivre aux difficultés entraînées par la flambée des prix des matières premières agricoles.
En Algérie, un pays fortement dépendant du marché mondial céréalier (4ème importateur de céréales dans le monde et 2ème en Afrique), la hausse spectaculaire des cours des produits alimentaires de l’époque s’est durement répercutée sur le marché local. Les intrants destinés à la fabrication d’aliments de bétail, le maïs et le soja, représentant près de 50% du volume global des importations céréalières de l’Algérie (plus de 2,5 millions de tonnes par année sur un total de 6 millions en moyenne), ont été les plus touchés par les hausses spectaculaires des prix.
Sur le marché local, cette flambée a fait passer le prix des aliments de bétail du simple au double pour certaines catégories. C’est le cas des aliments composés (maïs, la vesce et vitamines) destinés aux vaches laitières qui sont passées de moins de 2000 dinars/quintal (20 euros) à 4000 DA/q (40 euros) en l’espace de quelques mois. Laquelle situation a contraint les éleveurs n’ayant pas de grandes capacités financières à brader leurs cheptels n’étant pas en mesure de leur assurer un approvisionnement régulier en aliments.

Survivre ou disparaitre

Néanmoins, certains éleveurs n’ont pas cédé à la panique. Bien au contraire, ils ont fait preuve de résistance face à la crise. Pour cela, tous les moyens sont bons, ont-ils imaginé. C’est en tout cas cette logique qui a poussé M. Ramdane Abdi de la région de Kabylie (130km à l’est d’Alger) à trouver un nouveau procédé lui permettant d’assurer l’alimentation de son troupeau. Dès que les prix des aliments sur le marché ont commencé à être hors de sa portée, M. Abdi s’est mis à la recherche de substituts alimentaires qu’il pourrait éventuellement récupérer de la nature, ne serait ce que pour réduire partiellement les quantités d’aliments achetées habituellement.
Ses idées l’emmènent alors à penser au gland de chêne-liège, une sorte de fruit sauvage dont l’abondance caractérise la région de la Kabylie. Ce type d’arbre constitue 70% du patrimoine forestier de cette région (plus de 200 000 hectares, selon les statistiques des services du ministère de l’agriculture et du développement rural). « C’est en 2009 que j’ai commencé à faire la cueillette du gland pour l’utiliser comme aliment pour mes 15 vaches laitières, mais au départ, j’ai toujours pensé que cela ne peut être qu’un moyen temporaire, le temps de voir les prix du maïs et du soja baisser sur le marché », se souvient-il.
Or, remarquant que ses vaches s’y habituent de plus en plus et que le résultat en termes de rendement en lait et son impact sur la santé du troupeau est positif, M. Abdi y est allé loin dans ses pensées : « Quelques mois plus tard, il m’est apparu possible d’utiliser d’une façon permanente et régulière le gland dans l’alimentation de bétail » a-t-il dit. Pour s’assurer sur la qualité nutritionnelle de ce produit, il consultera son vétérinaire. Celui-ci conclut à la compatibilité des composants végétaux et minéraux du gland avec l’organisme des animaux. Pour renforcer sa certitude, il fera appelle à un autre cabinet vétérinaire qui lui confirme le diagnostic.

Dimension industrielle

Sans titre

A partir de ce moment, « je me suis lancé dans la cueillette de ce fruit en sillonnant les massifs forestiers de la région. A présent, ce sont les jeunes écoliers qui se mettent à la collecte pendant les vacances scolaires et je leur achète le produit à hauteur de 200 dinars (20 euros) le sac de 25kg ». En tout cas, la formule est tellement intéressante que d’autres éleveurs lui emboitent le pas. Cependant, après une étude de marché minutieuse, M. Abdi innovera dans ce créneau : En 2011, il donnera en effet une dimension industrielle à son activité.
C’est ainsi qu’il a acquis, dans le cadre du dispositif d’aide à l’investissement (ANDI), des équipements pour l’installation d’une fabrique d’aliments de bétail à base de gland de chêne-liège. « J’ai acquis une chaîne de tri, un broyeur et une conditionneuse dans le cadre d’un investissement qui me permet aujourd’hui à produire des aliments à base du gland », a-t-il expliqué.
Moins de deux années après son lancement, cette fabrique est forte de ses capacités de production de 20 quintaux/jour et son produit est en vogue : Une cinquantaine d’éleveurs de la région de Fréha s’y approvisionnent. Rassuré par le succès de son projet, cet investisseur a le vent en poupe, il ambitionne désormais de faire l’extension de cette fabrique pour renforcer ses capacités de production. Une idée qui permet ainsi de réduire sensiblement les importations en maïs et soja si elle vient à être généralisée à travers le pays.

(*) A lire également sur le supplément El Watan & Sparknews du 22 juin 2013

38 Réponses to “Sécurité alimentaire : Une question d’idées *”

  1. http://www.aujardin.info/fiches/purin_prele.php

    la nature est généreuse pour qui veut bien être à son écoute

    • Hélas,la société de consommation a sérieusement perturbé « les
      réflexes alimentaires » des consommateurs,qui ont cru que l’offre
      était meilleure dans les « grandes surfaces »,en diversité ou au
      niveau des prix…Côté producteurs,c’est en confiant l’écoulem
      ent de leur production aux pôles agro-alimentaires qu’ils ont
      perdu leur foi et leur dignité,tout en avilissant la nature…

  2. Ratuma Says:

    culture sous les arbres – !!!

    j’ai toujours en tête cette apicultrice algérienne et je pense à la Corrèze où il y a des forêts d’acacias – pour les ruches justement – c’est super le miel d’acacia et le miel de lavande également – mais tous les miels d’ailleurs et tous les produits de la ruche –

  3. Agronome Says:

    La non production de colza en Algérie m’a toujours étonné. Une réflexion sur le sujet.

    ALGERIE, L’ETRANGE IMPASSE DE L’AGRICULTURE SUR LES OLEAGINEUX
    Djamel BELAID 2.01.2014
    Au printemps, en Europe, il est coutumier d’observer des champs tout jaunes: des champs de colza. La même chose est possible au Maroc, étrangement, cela n’est pas le cas en Algérie. En fait l’agriculture algérienne fait actuellement l’impasse sur le colza. Cela est grave à plus d’un titre. Des graines de colza, on tire de l’huile. Avec le colza fourrager on peut nourrir le bétail. Enfin, du point de vue agronomique, cet oléagineux possède plusieurs avantages. Retour sur un loupé monumental.
    COLZA ET PRODUCTION D’HUILE
    L’économie nationale présente un déficit considérable en huile. La production d’huile d’olives est loin de combler ce déficit, même avec l’accélération des plantations de ces dernières années. Or, un quintal de colza produit trois fois plus d’huile que des olives. Un tant critiqué pour son taux en acide érucique, les nouvelles variétés répondent aux exigences nutritionnelles. Par ailleurs, des essais ont montré que c’est une plante parfaitement bien adaptée au climat local. Il existe même partout en Algérie, de la moutarde sauvage qui est un « cousin » du colza. Autre avantage, il s’agit d’une culture à cycle hivernal. La pluviométrie locale peut permettre d’obtenir 22 quintaux de graines à l’hectare. Des essais réalisés à Khemis-Milliana ont permis d’atteindre 30 quintaux/ha. Enfin, chose appréciable, la culture du colza nécessite les mêmes machines agricoles que pour le blé.
    L’expérience marocaine est particulièrement intéressante. La production locale a fait l’objet d’un soutien des pouvoirs publics. Les chercheurs de l’INRA de Meknès ont ainsi réussi à sélectionner deux variétés adaptées aux conditions locales. Au Maroc, le développement des oléagineux dont le colza est renforcé par des partenariats stratégiques tel que ceux développés par le Groupe SOFIPROTEOL. Ce groupe développe des accords avec des filières agricoles et agro-industrielles locales. Début 2012, SOFIPROTEOL a racheté 41% de Lesieur-Cristal, numéro un marocain de l’huile alimentaire et a signé un accord avec le ministère de l’Agriculture afin d’accroître la production locale d’huile, en substitution à l’huile de soja importée.

    COLZA ET AFFOURAGEMENT DU BETAIL
    Le déficit en matière d’alimentation du bétail est estimé à 4 milliards d’unités fourragères. Des avancées notables ont été faites ces dernières années avec le développement de fourrages irrigués tel le sorgho ou le maïs fourrager (bien que celui-ci soit gourmand en eau).
    Le colza fourrager présente un avantage particulier. Il pousse rapidement à un moment clé : le mois d’août. Or, il s’agit là d’une période charnière, en effet, les fortes températures estivales réduisent les disponibilités en fourrage tels sorgho, maïs ou luzerne. Or, le colza fourrager démarrant son cycle végétatif, et bénéficiant d’une forte croissance, il est capable à ce moment là de produire, avec une irrigation d’appoint, une forte biomasse. Les pluies automnales permettent ensuite de se passer de toute irrigation. La masse végétale produite est utilisable aussi bien par les troupeaux bovins qu’ovins. Cette utilisation peut se faire par la pâture ou la récolte et distribution en étable.
    COLZA ET ROTATION DES CULTURES
    En Algérie, les rotations agricoles sont trop courtes. Les céréales reviennent trop souvent dans les champs. Or, cela est susceptible de développer des parasites : nématodes, insectes, champignons saprophytes. Insérer entre une culture d’orge et de blé, du colza est un moyen de casser le cycle de développement de ces parasites.
    Par ailleurs, comme un colza fourrager termine son cycle en décembre, il est possible d’installer immédiatement après une culture de pois-chiche. Ce sont ainsi deux récoltes qui peuvent être produites sur une même parcelle.
    Contrairement aux céréales, le colza possède un enracinement pivotant. Ce type de racines permet d’explorer les horizons profonds du sol et l’enrichir en matière organique. Par ailleurs de récentes recherches montrent la capacité du colza à mobiliser le phosphore peu assimilable du sol. Chose que les céréales ne savent pas faire. Après la récolte, une partie de ce phosphore reste à la disposition de la culture suivante à travers les résidus de culture.

    En résumé, le colza présente un triple avantage. Il peut servir aussi bien dans l’alimentation humaine qu’animale et peut s’intégrer parfaitement dans les rotations culturales. Produire localement de l’huile de colza a pour but de réduire la dépendance vis à vis de l’étranger. Un tel développement nécessite de constituer une filière agro-alimentaire moderne au service des besoins locaux. Des partenariats internationaux, avec transfert de technologie, sont souhaitables. A ce propos, Abdelkader Taïeb EZZRAÏMI, PDG du groupe SIM, note que « les solutions aux problèmes que rencontre l’Algérie pour consolider son décollement économique ne doivent pas être recherchées dans l’autarcie algéro-algérienne ».

  4. Agronome. Says:

    @Ridan. Vous parliez d’un séminaire international à Batna. Voici, quelques idées que j’aimerais bien reprendre dans une proposition de communication relative à la fertilisation azoté du blé dur. Encore merci à vous khouya.
    ALGERIE: LES LECONS DE L’AGRICULTURE AUSTRALIENNE.

    Il y a, parait-il, des Algériens même à Sydney. C’est vrai que l’Australie est un beau pays avec un climat semblable au nôtre. L’intérêt de l’Australie pour nous Algériens, pourrait résider ailleurs que dans ses belles plages. Cet intérêt pourrait venir des performances agricoles australiennes. Les Australiens produisent du blé et de la viande de mouton en très grande quantité dans des régions semi-arides. Ils arrivent même à en exporter. Comment font-ils?

    Tout d’abord, il s’agit de tenir compte d’un niveau de développement économique différent du nôtre et d’exploitations également de tailles bien différentes. Des exploitations de 1 000 hectares ne sont pas rares. Tout y est sur-dimensionné: semoirs, moissonneuses-batteuses, troupeaux de moutons. Ceci précisé, comment font-ils techniquement?

    DES ASSOCIATIONS DE CULTURES TYPIQUEMENT AUSTRALIENNES.

    Une des particularités de la culture des céréales dans l’Ouest australien réside dans son association avec une légumineuse fourragère: le médicago. Cette plante, originaire d’Algérie, a été introduite en Australie dans les années cinquante. Elle est cultivée une année sur deux en alternance avec le blé. L’intérêt d’une telle pratique est d’associer de façon efficace élevage ovin et blé.

    La première année, le médicago est semé à l’automne. Il sera brouté ensuite par les troupeaux de moutons. Cependant, au moment de la formation des graines, les moutons sont retirés des parcelles. Ils ne seront ré-introduits que lorsque ces graines se seront formées et tombées au sol. Comme, il s’agit de graines qui, à cause de leur tégument épais, ne germent qu’une année sur deux; elle ne gêneront pas la culture de blé qui suit.
    Et les résultats ne se font pas attendre. Qu’on en juge. La rotation blé-médicago permet de gagner en moyenne 4,5 quintaux par hectare et d’améliorer le taux de protéines des grains. Lorsque le medicago est reconduit durant trois années, les rendements de blé passent à 16,2 quintaux /ha contre seulement 10 quintaux dans le cas d’une rotation blé sur blé. Mieux, le taux en protéines du grain est amélioré. Ce qui est un atout pour l’exportation.

    Tableau: Rendement du blé en quintaux/hectare et taux de protéines du grain en % selon différentes rotations.
    Blé sur blé: 10 et 9,1%. Blé sur médicago 14,5 et 10,9%. Blé sur «3 ans de médicago: 16,2 et 11,9%

    Bien que dans certaines conditions, la jachère permet de conserver une partie des eaux de pluie, réduire les mauvaises herbes et les risques de maladies, celle-ci a été abandonnée au profit du médicago. L’avantage d’une telle pratique dans les zones de cultures extensives est de pouvoir se passer d’engrais azotés. En effet, le médicago comme toute légumineuse absorbe l’azote de l’air et en libère une partie sous forme assimilable pour les racines.

    UNE FILIERE CEREALE REMARQUABLEMENT STRUCTUREE.
    L’originalité de l’agriculture australienne ne s’arrête pas à l’emploi du médicago. Depuis plusieurs années, le labour des sols a été banni. La pratique du semis direct s’est généralisée. Les semis se font directement sur un sol non labouré. Mieux; à la récolte, les pailles ne sont pas enlevées. Elles sont broyées lors de la moisson et restent sur le sol. Elles permettent ainsi de protéger celui-ci contre l’érosion tout en l’enrichissant en matières organiques.

    Le secteur céréalier étant très développé et contribuant de façon déterminante à la balance commerciale du pays à travers des exportations, toute une filière s’est constituée autour des céréales. Du matériel spécifique est produit localement, la recherche agronomique autour du blé et de l’élevage des moutons a acquis une renommée internationale.

    Dans les stations de production de semences, un matériel spécifique permet d’opérer un tri des grains de blé devant être semés. Les agronomes locaux ayant montré, lors du semis, l’intérêt de levées homogènes et rapides pour l’obtention de bons rendements, est éliminé tout grain cassé ou de trop petite taille. En matière d’analyses de sols sont traquées les moindres carences. A cet effet, des analyses régulières des plantes permettent de détecter le manque des oligo-éléments susceptibles d’être bloqués par des sols riches en calcaire.

    En matière d’élevage ovin, cette recherche est arrivée génétiquement à produire des races de moutons dont, par exemple, la laine incorpore des substances chimiques contre les mites. Il existe même localement des spécialistes du bien être des animaux lors des transports. Ce savoir faire permet d’exporter par bateaux entiers vers les pays du Golfe, des moutons vivants.

    S’INSPIRER DU MODELE AGRICOLE AUSTRALIEN?

    Loin du modèle européen, l’agriculture australienne a su innover et trouver des solutions à la mesure des spécificités locales. Il y a là un modèle dont nous pourrions nous inspirer. Non pas pour le calquer sans réfléchir, mais pour en tirer le meilleur.

    Concernant la taille des exploitations précisons tout de suite que l’Etat australien s’est approprié les terres des Aborigènes. Ces terres se sont ensuite retrouvées entre les mains de fermiers. Progressivement se sont constituées de gigantesques exploitations capables de rivaliser économiquement avec les producteurs Européens ou Américains. Ces exploitations hyper-mécanisées n’emploient que très peu de main d’oeuvre. En Algérie, les exploitations sont beaucoup moins grandes et rappelons qu’elles permettent de faire vivre un million de familles.

    Concernant les rotations, faisant appel à des légumineuses de la famille du médicago, mérite toute notre attention. Et cela pour deux raisons. Tout d’abord, car ces légumineuses ont été développées en Australie à partir de graines algériennes. Par ailleurs, si on se replace deux cent ans en arrière, nos anciens pratiquaient ce système de jachère pâturée avant blé. Intuitivement, comme les paysans européens qui pour réussir un blé, cultivaient l’année précédente de la luzerne, ils avaient compris l’importance de ces graminées et légumineuses sauvages durant l’année de jachère pâturée. Une année était semé du blé dur et l’année suivante la terre servait de terrains de parcours aux troupeaux de moutons. Parmi les plantes qui poussaient spontanément, on comptait des graminées mais aussi ces fameuses médicagos qui ont fait la richesse des fermiers australiens. Au printemps, ces légumineuses enrichissaient le sol en azote et les graminées en matières organiques. Les troupeaux d’ovins pouvaient ainsi brouter des plants riches en protéines. Malgré la présence des troupeaux, une partie de ces plantes avaient le temps de former suffisamment de graines qui une fois tombées au sol, assuraient la repousse des années suivantes. Ainsi, le pâturage exerçait une pression sur la flore et permettait le contrôle des graminées et des légumineuses. Il faisait office de moyen de désherbage.

    ANALYSER SCIENTIFIQUEMENT LES PRATIQUES DE NOS ANCIENS.

    Quant à l’araire en bois, elle ne travaillait le sol qu’en surface. Elle épargnait ainsi la matière organique apportée chaque année par les racines. De récent travaux agronomiques viennent de mettre en évidence le phénomène de rhizo-déposition. Au cours de leur vie, les racines libèrent dans le sol des substances organiques. Elles augmentent ainsi la fertilité du sol. Fertilité réduite en cas de labour. En effet, celui-ci, en oxygénant le sol, favorise la minéralisation de cette matière organique. Or, c’est celle-ci qui joue un rôle d’éponge en absorbant l’eau des pluies et les substances minérales des engrais pour les restituer progressivement aux racines du blé.

    En combinant araire et jachère pâturée, les agriculteurs des zones semi-arides algériennes d’il y a deux cent ans et plus, avaient trouvé un équilibre qui permettait une agriculture durable. Avec la colonisation, l’introduction de la charrue en acier et de la jachère travaillée ont rompu ce type d’exploitation du milieu.

    La recherche agronomique australienne a su tirer partie de pratiques instinctives de paysans méditerranéens. Ces pratiques ont été analysées puis proposées sous une forme moderne aux agriculteurs locaux.

    Actuellement le défi de l’agronomie algérienne est de proposer des pratiques respectueuses du milieu. Bannir le labour pour le remplacer par le semis direct est un moyen d’améliorer la fertilité des sols, de lutter contre l’érosion et de réduire l’incertitude climatique en milieu semi-aride1. Employer dans la rotation des légumineuses est un moyen peu onéreux d’apporter, tout ou partie2, de l’azote nécessaire aux cultures. C’est également tenir compte de ce lien trop souvent oublié entre azote minéral et matières organiques du sol. Baser, des augmentations de rendement par le seul emploi d’engrais azotés tout en poursuivant labour et exportations hors de l’exploitation des produits telles les pailles est, à terme, une voie sans issue en milieu semi-aride. La pratique de la jachère travaillée puis l’apparition des engrais azotés ont rompu le lien entre taux en matières organiques du sol et pouvoir nutritif azoté du sol aboutissant à une baisse inquiétante de la fertilité des sols en Algérie. Les préconisations agricoles en matières de fertilisation concernent trop souvent uniquement les engrais azotés. Le sol est considéré comme un simple support pour les céréales et est oublié qu’il est avant tout un milieu lieu d’intenses interactions entre être vivants.

    Pour retourner, non pas à un âge d’or mythique, mais à l’agriculture durable des anciens, il s’agit de sélectionner les médicagos3 les plus adaptés à nos terroirs. Il s’agit également de produire des semences en grande quantité et de montrer aux éleveurs comment optimiser le pâturage de ces parcelles.

    Enfin, remplacer le labour par des techniques de culturales simplifiées implique de mettre à la disposition des exploitants des outils à dents là où ne règne actuellement que des outils à disques (charrues et pulvérisateurs multi-disques). Enfin, dans l’optique du développement du semis direct, il s’agit de proposer des semoirs adaptés, c’est à dire rustiques et peu onéreux. Il serait illusoire de penser proposer au petit agriculteur l’utilisation de gros tracteurs à 4 roues motrices tirant de monstrueux semoirs européens sophistiqués. Déjà, avec l’aide d’experts internationaux, des agro-machinistes marocains et syriens se sont penchés sur la question. Dans chacun des deux pays, les ingénieurs sont passés de la fabrication de prototypes de semoirs à la production de petites séries. Tout cela avec des prix jusqu’à 7 fois moins élevés que le matériel européen.

    Une autre leçon de l’agriculture australienne concerne son système d’innovations agronomiques. Celui-ci est construit non pas selon un schéma descendant (top-down), mais selon la technique des pôles de compétences. Autour de questions agricoles, sont associés agriculteurs, constructeurs de matériel, exportateurs et chercheurs. En Algérie, se dessine une telle évolution notamment concernant la production de blé dur de qualité.

    En fin de compte, concernant la production de céréales, l’agronomie algérienne a besoin d’innovation. Cette innovation ne requiert pas forcément que de l’imagination mais un peu plus d’humilité. Il s’agit notamment de revisiter des pratiques anciennes à la lumière des avancées scientifiques afin de gérer au mieux notre capital le plus cher: le sol. L’expérience internationale de l’Algérien Pierre RABHI expert en agro-écologie, est là pour nous rappeler cette réalité: « La Terre… Combien sommes-nous à comprendre cette glèbe silencieuse que nous foulons toute notre vie ? Pourtant, c’est elle qui nous nourrit, elle à qui nous devons la vie et devrons irrévocablement la survie ».
    BELAID Djamel. Ingénieur Agronome. djamel.belaid@ac-amiens.fr

    • Agronome. Says:

      Notes de bas de pages:

      1Des travaux marocains montrent que même en cas de sécheresse, le semis direct permet une récolte et un retour sur investissement de la part de l’agriculteur. L’explication réside dans le fait que le semis direct permet une meilleure préservation de l’eau emmagasinée dans le sol et un très faible niveau de charges de mécanisation.

      2En cas de conduite extensive l’azote apporté par le sol peut suffire. Ce n’est plus le cas en sol profond où des pratiques plus intensives sont plus appropriées. Les travaux récents de Mr A. MEKLICHE montrent la possibilité de forts gains de rendement sur orge lors d’utilisation d’herbicides, de fertilisants par pulvérisation foliaire ainsi que de fongicides.

      3Des travaux réalisés par l’équipe du Pr Aïssa ABDELGUERFI ont permis la sélection de premiers écotypes.

  5. belhabla Says:

    combien d’algériens doivent savoir que l heure de la sécurité au sens large du mot, au moment ou l Algérie expérimente un drone a belabes, l histoire du glan chene liege ou a datte dans les fourragers; des feuilles de frênes etc;;;;;;reste que chaque profession doit avoir sa sécurité , comme la santé doit avoir sa sécurité sanitaire, organiser la hiérarchie de chaque profession puis faire la jonction interprofessionnel pour encadrer et booster le véritable développement national et régional et pourquoi pas l Afrique.

  6. A mon collègue Djamel Belaid,
    Nous organisons au niveau de l’Université de Batna du 28 -30 octobre 2013, un séminaire International sur les problèmes agricoles en régions arides et semi arides, il serait intéressant de participer pour discuter avec tous les collègues venant de diverses universités, centres de recherche , offices agricoles et directions de l’agriculture pour débattre des problèmes qui existent. Voici le lien du séminaire:http://inst-va.univ-batna.dz/lapapeza/

    • Agronome. Says:

      Cher collègue,
      Merci pour l’information à propos de ce séminaire international. Je suis vivement intéressé pour y participer et y aborder la question de la fertilisation azotée du blé en milieu semi-aride. Cela, à travers des travaux de recherche personnels réalisés à Batna et re-visités à la lumière:
      -des avancées des techniques agronomiques que j’ai utilisé en France dans le cadre d’une collaboration Chambre d’Agriculture et ex-ITCF (technique des « reliquats azotés », mesure de l’azote du jus de tige du blé),
      -des progrès de l’agriculture algérienne en matière d’irrigation des céréales et de non-labour (semis direct).

      ps: serait-il possible de transmettre le bonjour au Pr A. HALLITIM, lui transmettre toute ma reconnaissance pour l’impulsion qu’il a toujours donné au Département d’Agronomie et demander son adresse professionnelle.

      Je poste une réflexion concernant la fertilité des sols.

      TRIER LES DECHETS MENAGERS, UN GESTE POUR L’ AGRICULTURE.
      Djamel BELAID Ingénieur Agronome.

      Certains pays européens arrivent à trier et recycler 70% des déchets ménagers, voire parfois plus pour les pays en pointe. En Algérie, l’enfouissement des déchets est la norme. Il indispose souvent les riverains par les odeurs, voire les fumées. Dans certains cas des riverains ont manifesté pour la fermeture d’une décharge ou contre l’ouverture d’un centre d’enfouissement technique. Non maîtrisé, ce procédé peut polluer les nappes phréatiques. Enfin, cette pratique a un coût élevé. Heureusement, dans certaines villes, on commence à voir apparaître quelques initiatives de collecte de plastique, papier, cartons. Le tri et le recyclage des déchets ménagers est une activité rentable étant donné le prix des matières premières. C’est également un secteur qui crée de l’emploi. Aussi étrange que cela puisse paraître, l’agriculture y a tout à gagner.

      LES DECHETS MENAGERS, UNE SOURCE DE MATIERES ORGANIQUES.

      En effet, l’absence de tri sélectif des déchets ménagers prive l’agriculture d’un gisement considérable de matières organiques. Il faut penser aux quantités d’épluchures de fruits et de légumes, au marc de café, aux serviettes en papier, bref à tous ces produits décomposables mis à la poubelle par les ménages. Ces matières mises quelques mois en plateforme de compostage pourraient produire un terreau agricole très riche que recherchent, notamment, les producteurs de légumes. Car, seul un sol riche en matières organiques permet aux sols de produire intensivement. Or le fumier issu de l’élevage ne suffit pas aux besoins croissants des exploitations.

      En Algérie, les déchets urbains sont collectés à 80% soit pour 2010 une quantité de 7,8 millions de tonnes. La valorisation de la partie putrescible de ces déchets (40% à 60% en poids) permettrait de produire par compost 2 à 3 millions de tonnes d’amendements organiques, soit de quoi amender annuellement 60 000 hectares.

      Cette démarche de faire du compost de déchets ménagers est pratiquement inexistante en Algérie. Des initiatives existent ça et là. Un centre de tri et de compostage de déchets ménagers est en cours de rénovation à Blida, un autre est en cours de construction à El Hamiz. Le compost de déchets verts se développe également. Le Jardin d’Essais d’El Hamma envisage la prochaine mise en vente de terreau agricole (30 DA/L) produit au niveau de sa plate-forme de compostage. L’Entreprise de Développement des Espaces Verts de la Wilaya d’Alger envisage d’installer 2 plates-formes de compostage suite à l’interdiction prise par les pouvoirs publics d’interdire de jeter les déchets verts dans la décharge de Oued-Smar.

      Au Maroc, depuis plusieurs années, des industriels mettent sur le marché, des volumes conséquents d’amendements organiques. C’est le cas par exemple de la société Ecofertil dont la responsable Rajae ALAMI propose depuis 1992 toute une gamme d’amendements organiques (voir Video EcoFertil sur YouTube).

      TRI SELECTIF, L’AFFAIRE DE TOUS.

      Chacun peut également faire un geste à son niveau. Par exemple en participant aux opérations de tri sélectif quand elles existent près de chez soi. Il est également possible de prendre l’initiative d’organiser des collectes de plastique, papier, carton, verre et de se mettre en relation avec un industriel local afin qu’il les récupère. En matière de recyclage du papier et carton la société Tonic Emballage développe des circuits de collecte. Concernant le plastique des opérations de collecte se mettent en place. Elles permettent d’alimenter les ateliers de petites entreprises de recyclage du plastique. Des broyeurs y déchirent le plastique en paillettes. Celles-ci peuvent être fondues en granulés qui peuvent directement alimenter les industriels de la plasturgie. Le tri sélectif est l’affaire de tous.

      Concernant la partie organique des déchets ménagers, les personnes possédant un jardin, une cour, un balcon, une terrasse peuvent réaliser du compost. Un bac en plastique ou en bois, un grand pot de fleurs suffissent pour commencer. Ce compost peut servir de terreau pour les arbres de sa cité, voire des jardins familiaux au sein des cités. En France, face au développement du ramassage des déchets au poids, des locataires ont développé le compostage « en pied d’immeuble ». Les services de location des HLM aident au développement de ces initiatives.Sur internet de nombreuses fiches techniques et vidéos existent.

      En Algérie, l’université de Constantine travaille sur ce sujet. Des chercheurs ont même identifié les groupes de lombrics les plus à même de transformer ces déchets.

      Réaliser du compost à usage agricole à l’échelle d’une ville implique également de réduire les déchets susceptibles de contenir des métaux lourds comme les piles par exemple.

      Les pouvoirs publics ont on rôle décisif. Ils peuvent orienter les acteurs économiques afin de les amener à prendre les mesures susceptibles d’assurer ces opérations de tri sélectif puis de compostage des déchets ménagers: subventions, fiscalité, réglementation, programmes scolaires. Ainsi, l’Entreprise de Développement des Espaces Verts de la Wilaya d’Alger envisage d’installer 2 plates-formes de compostage suite à l’interdiction prise par les pouvoirs publics d’interdire de jeter les déchets verts dans la décharge de Oued-Smar. Chaque cour d’école en Algérie pourrait avoir un petit carré de jardin avec un coin compost; idem concernant les écoles d’agriculture.

      Trier ses déchets en Algérie est loin d’être un geste anodin. Ce n’est pas une quelconque mode écologique passagère. C’est en fait un moyen d’apporter aux sols une précieuse matière organique indispensable aux cultures en climat semi-aride. En fait, c’est même un geste de survie pour l’après pétrole…

      • Que voilà de bien riches idées,qui,si elles étaient reprises par les
        + grands exploitants agricoles français,permettraient à l’agricultu
        re productiviste de s’investir de manière beaucoup moins nuisible
        pour l’environnement et les campagnes de France…!!Il y a 2 idé
        es que je n’ai pas trouvées dans le « laïus » exposé ci-dessus avec
        infiniment de clarté:
        1)La possibilité pour les citoyens résidents d’une même collec
        tivité locale(ville,commune,communauté de communes, d’agglo
        mération )de s’approvisionner en substrats,terreaux provenant
        du traitement des déchets ménagers(dont tonte de gazons,tail
        les de haies,etc…)apportés au centre de tri des déchets…

        2)Inciter les résidents des grands ensembles urbains à installer
        des plantes arbustives(amandiers,lauriers,par ex) + des ruches
        sur les balcons,terrasses(déposées par des apiculteurs);ce qui
        produira un miel particulièrement riche et différent des miels de
        campagne,les abeilles disposant d’une variété inégalable de
        plantes à butiner…Par ailleurs,certains résidents pourraient aus
        si s’adonner aux plaisirs de cultiver un mini-potager:tomates,cu
        curbitacées ou plantes aromatiques…Ce qui se fait en France doit bien pouvoir se faire en Algérie…ou dans des bidonvilles
        d’Afrique noire(cultures en sacs remplis de terreau).

  7. Agronome. Says:

    Question idées, les cadres nationaux en ont. Je voudrais attirer l’attention de l’équipe des chercheurs du département d’agronomie de Batna qui ont travaillé sur l’idée d’utiliser les boues résiduaires des stations d’épuration des eaux usées.
    Ils ont montré que le rendement du blé pouvait passer de 17 qx/ha à 34 qx/ha. Par ailleurs, grâce à une idée originale du Pr Hallitim, la mesure du phosphore durant l’étude a montré que les boues amélioraient considérablement le comportement de cet élément souvent bloqué par le calcaire du sol.
    ps: les données de cette réflexion sont tirées de la thèse de Magister de Mme S ATI mise en ligne par les soins du service documentation de l’Université. Qu’ils en soient vivement remerciés. Ils permettent ainsi, aux étudiants, aux enseignants et chacun d’accéder à ces travaux de qualité.

    LES BOUES DES STATIONS D’EPURATION DE L’OR BRUN POUR NOS SOLS.
    .
    Djamel BELAID Ingénieur Agronome ENSA El-Harrach.

    Un réseau dense de stations d’épuration commence à mailler le territoire national. Ces stations produisent en phase finale des boues résiduelles particulièrement riches en matière organique. Or, le taux en matière organique des sols agricoles est dramatiquement faible. Ces boues pourraient donc être utilisées comme apport organique en agriculture. Des universitaires et des ingénieurs du Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural se sont penchés sur la question.

    Des sols agricoles au faible taux de matière organique.

    En climat méditerranéen, les températures élevées au printemps et à l’automne contribuent à une forte
    minéralisation de la matière organique des sols. En effet, en présence de chaleur, d’humidité et d’oxygène, les bactéries du sol décomposent plus rapidement la matière organique.

    Deux causes sont à l’origine de la baisse du taux de matières organique des sols algériens. Il y a tout d’abord la pratique de la jachère travaillée durant l’époque coloniale et le fait d’irriguer un sol dans les conditions climatiques qui sont les nôtres.

    Voyons d’abord, la première de ces deux causes. A l’époque coloniale les agronomes avaient remarqué que plus les terres en jachère étaient travaillées, plus le rendement du blé implanté l’année suivante était élevé et cela, sans apporter d’engrais. Ils avaient remarqué également, que plus leur labour était profond, plus les rendements augmentaient. On peut retrouver des écrits d’époque où ces agronomes s’extasient de cet état de fait: « plus la jachère est travaillée, plus les rendements sont bons ». Ils en était arrivés à préconiser plusieurs passages d’outils.

    En fait, leurs pratiques permettaient une intense minéralisation du stock de matière organique du sol. Stock constitué par la décomposition des racines de céréales des siècles antérieurs et que l’araire en bois du fellah avait jusque là épargné. Les colons pratiquaient en fait une agriculture minière: ils prélevaient du sol des éléments minéraux mais sans jamais en restituer.

    La deuxième cause de minéralisation de la matière organique est donc l’irrigation. Les périmètres irrigués sont les zones les plus concernées. Des corrections sous forme d’amendements organiques sont donc nécessaires. D’autant plus que certaines cultures sont particulièrement exigeantes. Il faut ainsi 30 tonnes de matières organiques pour une culture de pomme de terre. Cette dose est à multiplier par deux si le sol est particulièrement pauvre. Quant au palmier-dattier, c’est 100 kg de fumier/an/pied qu’il faut apporter.

    Les boues résiduelles des stations d’épuration, source de matière organique.

    Depuis plusieurs années l’Office National d’Assainissement a mis en place un réseau de stations d’épuration des eaux usées. A ce jour l’ONA gère 60 stations et lagunes. La construction de 40 autres stations est prévue entre 2010 et 2014.

    Il s’agit de traiter l’eau des égouts. Un premier traitement consiste en une décantation afin d’éliminer les particules lourdes (sable). L’huile plus légère peut être récupérée en surface. Ensuite, il s’agit de procéder au traitement de la matière organique. Cela est permis par une simple oxygénation de cette matière dans de grands bassins. Pour cela, il suffit de remuer le mélange ou d’insuffler de l’air. En présence d’oxygène ainsi apporté, les bactéries contenues dans le mélange décomposent la matière organique en éléments minéraux.

    On obtient ainsi une eau débarrassée d’une grande partie de ses particules organiques. Elle peut alors être déversée dans un oued sans risque de pollution et servir ainsi à l’irrigation agricole. Ainsi, à Tlemcen 900 hectares de terres agricoles sont irriguées grâce aux eaux issues de la station d’épuration. A Ouargla, un grand nombre de palmiers sont également irrigués de cette façon.

    Cependant, si une grande partie de la matière organique disparaît par minéralisation, il reste toujours des boues. Les stations existantes produisent une moyenne de 2 000 tonnes de boues par mois. Et la préoccupation de chaque responsable de station d’épuration est de débarrasser les bassins des boues afin de réaliser un nouveau cycle d’épuration.
    Une partie de ces boues est placée en décharges. L’autre partie est autorisée pour l’épandage sur des cultures céréalières, arboricultures et plantes ornementales (pépinières).

    A l’étranger, des directeurs de stations n’hésitent pas à être présent dans des réunions d’agriculteurs pour vanter l’intérêt agricole des boues. C’est la cas du directeur de la station d’épuration d’Achères qui traite une bonne partie des eaux usées de la région parisienne. Certains n’hésitent pas à livrer gratuitement les boues en bout de champs.

    Ces boues résiduelles riches en matière organique pourraient donc constituer un apport intéressant pour amender les sols agricoles.

    Des universitaires réalisent des essais.

    Dès 1991, Fethallah, jeune ingénieur agronome, a mené avec succès des essais à Barika. Il a utilisé les boues résiduaires du complexe Ecotex pour des culture de tomates et de laitues sous serre. Au niveau national, des agriculteurs qui font du maraichage se sont assez vite intéressés à ces boues et ont vite compris leur intérêt agronomique.

    En 2002, une équipe de chercheurs de l’Université de Constantine dont Kribaa, a eu l’idée d’étudier l’effet des boues résiduelles en grande culture. Pour ce faire, il ont testé l’emploi de ces boues sur l’avoine et l’orge. Les essais se sont révélés concluants. Les parcelles recevant des boues ont présenté une meilleure quantité de matière sèche.

    Récemment, le département agronomie de l’université de Batna a poursuivi ces investigations. Une jeune chercheuse Mme ATI a mis en place un essai. Le Professeur Halitim (spécialiste de l’étude des sols) a suggéré d’inclure à ce travail l’étude de la dynamique du phosphore.
    L’étude a porté sur les boues résiduelles de la station d’Aïn Sfiha (Sétif) et a été menée à la station expérimentale de l’Institut Technique des Grandes Cultures. Du blé dur a été cultivé sur des parcelles expérimentales ayant reçues des doses de 20, 30 ou 40 tonnes de/hectare. Des parcelles témoins n’ont rien reçu.

    A la récolte, les rendements ont été sans équivoque: les parcelles ayant reçue des boues résiduelles ont présentées un rendement de 34 quintaux contre seulement 14 quintaux pour les parcelles témoins (sans apport).
    Ce rendement a été expliqué par la faculté qu’ont eu les plantes des parcelles amendées à produire 6000 grains par mètre carré contre seulement 3000 grains pour les parcelles témoins. On aurait pu craindre que ces grains en plus grand nombre soient plus petits. Mais il n’en est rien. Après la récolte, des lots de grains ont été soigneusement pesés. Et aussi extraordinaire que cela puisse paraître les plants de blé amendés avec de la boue ont présenté, pour 1000 grains pesés, un poids de 52 grammes contre seulement 46 grammes pour les parcelles témoins. Cela signifie, qu’en juin, lors de la phase de remplissage des grains, les plants des parcelles amendées ont disposé de plus d’eau que les parcelles témoins. Eau qui a permis de faire passer les sucres fabriqués par les feuilles vers les grains.

    Ne se contentant pas de ce seul constat, la jeune agronome a analysé la structure et la composition du sol de chaque parcelle. Et il est apparu que les sols amendés avec les boues présentaient une meilleure porosité ainsi qu’un meilleur taux de matières organiques. Or, ces deux paramètres contribuent à la rétention d’eau par le sol.

    Mieux, les dosages d’éléments chimiques de la plante ont montré un enrichissement en phosphore en présence de boue. Traditionnellement la nature calcaire des sols algérien a tendance à bloquer le phosphore du sol. Or, comme l’avait pressenti le Pr Halitim les boues ont permis une meilleure utilisation du phosphore du sol.

    Comme le note Mme ATI, «le phosphore assimilable a été valorisé par la végétation, et ceci revient à la matière organique contenue dans la boue qui forme un complexe phospho–humique et dont la minéralisation progressive permet d’assurer une disponibilité de cet élément pour la plante».

    Les boues, potentiellement dangereuses pour la santé?

    Les boues des stations d’épurations constituent cependant un produit particulier. Ces boues peuvent contenir des bactéries et autres germes pathogènes ou des métaux lourds toxiques.

    Concernant ces métaux lourds, plusieurs dispositions peuvent réduire les risques de nocivité. Comme cela existe déjà pour certaines sorties d’égouts d’usines, il peut y avoir un pré-traitement permettant d’éliminer les métaux lourds rejetés. L’adjonction d’argiles à ces boues peut permettre de complexer et donc de bloquer les métaux lourds. Par ailleurs, ces boues étant épandues sur de grandes surfaces, il s’opère une forte dilution des métaux lourds éventuellement présents. En la matière, l’ONA équipe les stations des moyens modernes afin d’analyser la qualité des boues résiduelles produites. Par ailleurs l’office s’est prononcé pour « la constitution d’une banque de données qui dresse un an des boues en quantité et qualité et une cartographie des cultures des zones concernées par l’épandage ».

    Pour cet office «la clé de la problématique reste bien entendu l’instauration d’un cadre réglementaire, juridique qui définit: les modalités de mise en œuvre de l’opération d’épandage, les normes de valorisation, les responsabilités et prérogatives des différents acteurs concernés par l’opération».

    L’ONA indique également sur son site qu’une réflexion est mené au niveau de l’Institut Algérien de Normalisation ( I A N O R ) concernant le volet valorisation agricole des boues issues des stations d’épuration.

    Enfin, citons le cas des huiles usagées. Même s’il est possible d’éliminer par flottaison les huiles présentes dans les eaux usées arrivant dans les stations d’épuration, il conviendrait de proposer aux garages et ateliers automobiles un circuit de récupération des huiles de vidange.

    Passer du stade de la parcelle d’essai au champs.

    Faire passer des rendements de blé de 14qx/ha à 34qx/ha constitue une belle réussite. Il ne faut pas oublier cependant qu’il s’agit là d’essais en parcelles expérimentales. La transposition de ce type de pratiques aux exploitations agricoles nécessite de réunir de multiples conditions: disponibilité de ces boues pour des surfaces très grandes et moyens de manutention (tracto-pelles, remorques pour épandage).

    A Tizi-Ouzou, un programme de valorisation des boues de la station d’épuration vise à la création de pépinières dans le cadre de l’ANSEJ.(création d’emplois).

    Si les boues peuvent permettre d’améliorer le taux de matière organique de nos sols agricoles, elles ne constituent pas la seule source d’amendements. On peut penser au compost des ordures ménagères, à une meilleure utilisation des fumiers de bovins et ovins, des fientes de volailles des poulaillers industriels ou à de pratiques agricoles plus respectueuses des sols comme l’enfouissement des chaumes de céréales. Il s’agit également de préserver la matière organique du sol apportée chaque année par les racines. Alors qu’il s’agit de la seule matière organique ayant échappée à la dent du mouton la perpétuation de la pratique labour entraine sa rapide minéralisation. Nous devons donc évoluer vers des pratiques remplaçant le labour par des techniques culturales simplifiées et à terme par le semis direct.

    Au Maroc, les agronomes ont, à ce propos réalisé un état des besoins de l’agriculture en matières organiques. Puis, ils ont dressé un inventaire de toutes les sources de matières organiques disponibles localement: fumier agricole, déchets solides produits par les industries agro-alimentaires, les industrie du bois et les abattoirs. De là est né le projet Morocomp qui vise à produire en quantités industrielles un compost issu d’un mélange entre fumier de ferme et boues de station d’épuration.

    La question de l’utilisation des boues des stations d’épuration est cruciale pour l’avenir de notre agriculture. La fertilité de nos sols est menacées par des pratiques anciennes et des causes inhérentes au climat.

    Afin de relever ces taux, des apports réguliers doivent donc être réalisés. Il en va du maintien du potentiel productif de nos sols. Les boues résiduelles des stations d’épuration, correctement utilisées, constituent un gisement appréciable; de même qu’à l’avenir, les composts urbains de la fraction organique des déchets ménagers. Fruit d’une collaboration entre universitaires, d’ingénieurs agronomes et de cadres de l’ONA, des solutions pratiques émergent. Il est encourageant de voir qu’à un problème technique, des cadres nationaux, dont l’équipe du département d’agronomie de l’université de Batna, ont montré leur capacité à trouver des solutions adaptées à nos conditions.

    • Agronome. Says:

      Erratum:
      – malgré une relecture quelques fautes ont échappé à notre vigilance.
      – en début de texte, au lieu de lire « je voudrais attirer l’attention DE l’équipe de chercheurs », lire « SUR l’équipe de chercheurs ».

  8. Agronome. Says:

    Je ne voudrais pas abuser de l’hospitalité de ce blog. Mais les vacances sont propices à la réflexion. Ayant travaillé chez de gros céréaliers du bassin parisien, j’ai pu voir les gros chèques qu’ils reçoivent de la part de l’UE dans le cadre de la PAC. Nouveauté, bientôt, le chèque des subventions sera soumis à conditions. Les agriculteurs devront réaliser des ouvrages pour protéger l’environnement: planter des haies, construire des murets contre l’érosion… D’où l’idée du jour.

    Et si, nous aussi, nous faisions ainsi? Demander au céréalier qui reçoit la prime blé dur d’adopter quelques règles de bon sens pour lutter contre ce mal sournois qui ronge les terres agricoles algérienne: l’érosion.

    L’application de telles mesures n’est pas évidente à contrôler. Chez les gros céréaliers du bassin parisien quand l’UE a imposé la jachère, j’ai pu les entendre dire: « on montrera au contrôleur la même parcelle de jachère mais en le conduisant par deux chemin différent. Il n’y verra que du feu… »
    Mais les DSA locales ont trouvé la parade: photos aériennes, images de satellites et dorénavant GPS…

    LES SUBVENTIONS AGRICOLES: UN OUTIL PUISSANT D’ORIENTATION DES POLITIQUES AGRICOLES.
    BELAID Djamel. Ingénieur Agronome. ENSA El-Harrach.

    Les pouvoirs publiques subventionnent fortement le secteur agricole. Est-il possible d’arriver à une meilleure efficacité des sommes dépensées? Les sommes allouées depuis les années 90 au secteur agricole peuvent susciter des convoitises et entraîner des dysfonctionnements. Au delà de ces épiphénomènes, les subventions sont pour les pouvoirs publics un puissant moyen d’orientation des politiques agricoles. En Europe, après des années de productivisme, les subventions accordées dans le cadre de la Politique Agricole Commune (PAC) visent dorénavant à orienter l’agriculteur vers des pratiques de « bonnes conditions agricoles et environnementales et vers des exigences réglementaires en matière de gestion ». Nous nous proposons d’examiner la politique d’attribution des subventions agricoles en Algérie. Nous porterons sur ces questions un regard d’agronome.

    I-UN ETAT DES LIEUX.

    A-Des subventions variées.
    Les transferts et subventions vers le monde agricole ont été réguliers depuis l’indépendance: augmentation du salaire minimum agricole garanti, édification de « Villages Agricoles de la Révolution Agraires »et aide à l’auto-construction en milieu rural durant les années 70, politique de soutien plus au moins régulier des intrants agricoles (1).
    Plus récemment, la politique de subventions au milieu agricole a été marquée par la suppression de TVA sur des produits phytosanitaires, des aides à l’achat de matériel agricole, une prime de 1 000 DA/ quintal pour le blé dur en plus du prix de 3 500 DA/quintal, soit un différentiel de 1 000 DA par rapport au blé tendre et des subventions pour le matériel d’irrigation des céréales. De leur côté des éleveurs reçoivent des subventions à travers l’importation d’animaux et l’existence de prix garantis pour le lait.

    Une autre forme de subventions existe: les prêts bonifiés. Les dettes des producteurs ont parfois été effacées par les pouvoirs publics. Dans un autre domaine, l’OAIC propose dorénavant des systèmes de paiement en grains pour le remboursement de moissonneuse-batteuse (2).

    D’autres formes de subventions existent également sous forme de l’accession à la terre à travers la politique de concessions agricoles. Par ailleurs, la fiscalité sur les bénéfices agricoles est dérisoire.

    B-Nécessité d’une vision prospective et territoriale.
    Dans le cas des céréales, le versement des aides au quintal provoque l’engouement des céréaliers pour la production de blé dur. Cette mesure est un puissant outil d’augmentation de la production nationale. Des études économiques fines mériterait d’être faites afin de déterminer l’évolution du revenu des exploitations. Il serait intéressant de préciser les conséquences de ce type d’aides par rapport à la taille de l’exploitation et le niveau de productivité.
    Par ailleurs, le montant des subventions est identique en zone de plaine ou de montagne. Or, dans le cas de la production de lait, l’exiguïté des surfaces en zone de montagne devient un frein à toute production locale de fourrages.

    II-LES SUBVENTIONS AGRICOLES: UNE PRATIQUE COURANTE DANS L’UNION EUROPENNE.

    En Europe, jusqu’aux années 80, la Politique Agricole Commune (PAC) a permis une croissance régulière de la production. Cette politique de prime attribuée à la livraison de chaque quintal de blé a eu des effets pervers: la course à la prime s’est traduite par une augmentation de la taille des exploitations avec une forte réduction de la main d’œuvre. Les excédants agricoles, les différentes critiques émanant de certains producteurs ainsi que les demandes allemandes de ré-équilibrage des efforts communautaires ont entraîné au milieu des années 90 des réformes radicales dont une politique de mise en jachère d’une partie des surfaces agricoles.

    La PAC fait l’objet de nombreuses critiques. Ainsi, le soutien aux productions concerne essentiellement les céréales, oléagineux, lait, viande et très peu la viticulture. Ce soutien, peut varier selon les régions.
    La technique de soutien à une même production peut prendre différentes formes. Dans le cas d’une aide « à l’hectare » ce sont les producteurs aux faibles rendements qui sont avantagés. Alors qu’en liant l’aide « au quintal » ou « à la tête de bétail » ce sont au contraire les producteurs performants qui le sont.

    En 2004, l’Union Européenne a publié la liste des principaux bénéficiaires des aides agricoles. Il est apparu que le prince Albert de Monaco et la reine d’Angleterre ont reçu respectivement plus de 250 000 et 500 000 €.

    Concernant les grandes cultures, les dix premiers bénéficiaires se partagent pas moins de 6 millions d’euro. Et c’est à une entreprise productrice de riz en Camargue qui a reçu la plus forte aide 872 108 €. En élevage, les dix premiers bénéficiaires se partagent 2,6 millions d’euro; avec un maximum de 432 286 € pour une exploitation de Haute-Vienne.

    Face au tollé suscité par la publication de ces chiffres, l’UE envisage une dégressivité des aides à partir de 150 000 € et de les plafonner au-delà de 300 000 € par exploitation et par an.

    Depuis, la PAC s’est « verdie ». Pour le versement des subventions, elle a de plus en plus tenu compte des mesures environnementales prises par l’agriculteur pour, par exemple, prévenir la pollution aux nitrates ou aux pesticides et protéger la biodiversité.

    Fin juin 2013, de nouvelles dispositions ont été adoptées par l’Union Européenne. Le budget alloué à la PAC pour les années 2014-2020 bien que réduit de 12 % s’établit à 373 milliards d’euros. La France recevra une enveloppe de 9,1 milliards d’euros par an.
    Cette nouvelle PAC devrait être encore plus verte. Ainsi, selon le Ministre de l’agriculture français « 30% des aides directes seront liées à l’environnement: sur 100 euros de subventions, 30 seront conditionnés au respect d’au moins trois règles environnementales. L’agriculteur devra diversifier ses cultures, maintenir des prairies permanentes et dédier 5% de sa superficie d’exploitation à des surfaces d’intérêt écologique prenant en compte des éléments du paysage, comme les haies, les mares ou les murs de pierres sèches (3) ».

    Près de 80% de l’aide devrait aller aux plus grosses exploitations. Mais l’écart entre les niveaux d’aide devra s’atténuer. Dans certains cas c’est moins de 100 euros à l’hectare que reçoit l’agriculteur contre 340 euros en zones céréalières et 375 euros pour des producteurs de lait.

    Afin de ré-équilibrer le montant des aides en faveur des petites exploitations, les primes seront majorées pour les 50 premiers hectares. Il s’agit là d’un moyen de redistribution des revenus vers les plus petites exploitations qui sont également celles qui emploient le plus de main d’œuvre. Les exploitations céréalières de plus de 100 hectares percevront donc moins d’aides. Il faut préciser qu’il s’agit d’exploitations qui ont un niveau élevé de productivité et qui bénéficient de la bonne tenue des cours des céréales sur les marchés mondiaux.

    Outre la surprime des 50 premiers hectares, il est prévu de relever le plafond des aides particulières aux zones difficiles comme celles de montagne. Chose peu courante en Algérie, les détails de l’application de ces mesures se fait en concertation avec les représentant de la profession agricole. « Nous allons réunir d’ici une dizaine de jours l’ensemble des organisations syndicales pour travailler, à partir d’hypothèses chiffrées, aux différents scénarios de répartition des aides( 4) ».

    III-POSSIBILITES DE MODULATION DES SUBVENTIONS AGRICOLES

    En Algérie, les subventions agricoles pourraient être accordées à des territoires spécifiques: agriculture de montagne, agriculture steppique. Outre l’aide à des productions, les subventions peuvent dans ce cas permettre de lutter contre l’exode rural, et servir l’aménagement du territoire. Les subventions peuvent être un outil de lutte contre les inégalités territoriales.

    Les subventions peuvent également s’avérer être d’efficaces outils de progrès techniques. C’est le cas de celles accordées pour l’acquisition à prix modique par l’agriculteur des fertilisants, produits phytosanitaires et médicaments vétérinaires.

    Dans le cas des subventions à l’irrigation, une modulation de celles-ci en fonction des matériels utilisés peut permettre d’orienter les agriculteurs vers celles qui valorisent le mieux l’eau comme le goutte à goutte. Actuellement la politique de subvention à la culture des céréales irriguées constitue une aide appréciable pour le développement de cette technique novatrice. Déjà utilisée dès le début des années 2000 en Tunisie, elle a permis un accroissement notables des rendements.

    Des subventions à l’innovation technique pourraient également concerner les techniques culturales respectueuses de la protection des sols contre l’érosion. Le non-labour avec semis direct nécessite des semoirs spécifiques déjà fabriqués au Maroc (AtMar) et en Syrie (Icarda). Une politique de protection du capital sol pourrait donc envisager la mise à la disposition des agriculteurs de tels engins à prix accessibles. Dans les zones en pente, particulièrement sensibles à l’érosion, une politique de subvention pourrait consister à remplacer progressivement les charrues en aidant l’acquisition d’outils plus adaptes, comme les outils à dents par exemple.

    Si des subventions peuvent permettre des augmentations de production comme dans le cas de l’octroi de la prime blé dur de 1000 DA/quintal, parfois elles réservent des surprises. C’est le cas avec la qualité de certains blés durs. Face à l’engouement des céréaliers pour cette production et la réduction des importations décidées par les pouvoirs publics, les moulins privés ont dû n’utiliser pratiquement que des grains locaux. Or, il s’est avéré que faute, respectivement de désherbage, de choix variétal adapté et de politique de fertilisation azotée adéquate, les semouliers se sont retrouvés à devoir utiliser des grains mêlés d’impuretés (graines de mauvaises herbes, voire cailloux) et au taux de transformation en semoule particulièrement faible (mitadinage). Des responsables d’organismes de collecte ont dû accepter d’acheter à des céréaliers des lots de blé dur. En effet, la prime de 1000 DA n’a pas été accompagnée de l’actualisation de la grille qualité des organismes de collecte; celle-ci date de 1988. Des moulins tels ceux du Groupe Benamor ont dû développer des actions de formation et la visite de leurs installations par les céréaliers afin de leur montrer par exemple les risques que faisaient courir aux machines la présence de cailloux parmi les grains de blé dur.

    Idem avec les subventions concernant l’importation de vaches laitières. Celles-ci se sont faites sans tenir compte de la capacité des éleveurs à produire les fourrages nécessaires pour nourrir les bêtes. De ce fait, dépassés par le poids du poste alimentation, des éleveurs laitiers ne possédant par la superficie de terre nécessaire et incapables de trouver des terres à exploiter ont dû suspendre leurs activités et parfois diriger vers les abattoirs des vaches laitières en début de carrière.

    Dans le cas d’un objectif de protection des sols contre l’érosion, l’octroi annuel des subventions pourrait être subordonné à des pratiques anti-érosives: plantation de haies, bandes enherbées, construction de seuils contre le ravinement. Un peu comme le pratique l’Union Européenne avec la PAC dans le but de lutter contre les pollutions agricoles liées aux nitrates.

    Dans ce cas précis, la subvention ne concernerait plus un intrant acheté moins cher ou une augmentation de production avec une prime attribué à chaque quintal livré mais à des pratiques agricoles. Il y aurait ainsi découplage entre quintal de grain livré et prime. Celle-ci serait alors liée à des hectares aménagés, comme dans le cas de la politique de mise en jachère des terres (PAC des années 90). Il s’agirait alors de mettre au point le cahier des charges et les moyens de contrôle. Dans le cas du respect de « bonnes conditions agricoles et environnementales », l’emploi du GPS, de photos aériennes, voire d’images satellitales pourrait s’avérer d’un grand intérêt. Dans le cas des concessions agricoles, les formes peuvent également prendre la forme d’analyses de sols au début et à la fin de la concession.

    CONCLUSION.

    Les pouvoirs publics subventionnent les producteurs agricoles principalement à travers les intrants agricoles, des prêts bonifiés et les prix à la production. La forme principale de l’intervention de la puissance publique se fait sous la forme d’une politique productiviste et accessoirement protectionniste.
    On peut se demander l’effet du mode actuel d’attribution des subventions sur le revenu agricole entre petites et grandes exploitations modernes. Par ailleurs, il est à noter l’absence de conditionnalité dans l’attribution des aides. Or, la subvention pourrait être attribuée mais, sous conditions. D’autres préoccupations que l’augmentation des productions agricoles pourraient être ainsi prises en compte dans l’attribution des subsides étatiques: résilience des sols et des écosystèmes, rétention du carbone dans les sols, exigences réglementaires quant aux normes et à la qualité sanitaire des produits. Actuellement, les pouvoirs publics se privent d’un moyen d’orientation souple et puissant d’orientation des pratiques agricoles.

    L’introduction de la conditionnalité dans l’attribution des aides implique cependant, la définition d’un cahier des charges et des procédures de contrôle. La réussite d’une telle politique implique une concertation avec des interlocuteurs professionnels agricoles représentatifs.

    La politique de subventions est un outil qui en définitive, peut conjuguer une politique agricole, alimentaire, environnementale et territoriale.

    NOTES:
    1-Il est intéressant de noter que le groupe privé Benamor aide ses producteurs de tomates sous contrat à l’acquisition de machines de récolte de tomates industrielles.
    2-Cette politique de soutien aux intrants agricoles est particulièrement documentée (S. BEDRANI, O BESSAOUD).
    3-Déclaration de Stéphane LE FOLL le 28/06/2013 au Figaro.
    4-Stéphane LE FOLL op. cit.

    nb: une version avec plus de références chiffrées et sourcées est prévu.

    • Agronome. Says:

      Erratum: Au III, 5ème paragraphe, lire « des responsables d’organismes de collecte ont dû accepter d’acheter à des céréaliers des lots de blé MITADINES ».

  9. Agronome. Says:

    Puisque le thème concerne les idées, permettez moi d’en proposer de nouvelles au débat. Cela, sachant que la technique n’est pas la seule solution aux questions complexes du développement agricole. Personnellement, la lecture d’agro-économistes: S BEDRANI, O BESSAOUD, … m’a beaucoup apporté.
    Donc, l’idée du jour est d’utiliser de petits avions en agriculture. Je vous soumet mes arguments…
    PULVERISATION AGRICOLE: LE SALUT VIENDRA-T-IL DU CIEL?

    Parmi les opérations agricoles qui peuvent permettre d’augmenter nettement les rendements des céréales, il y a l’utilisation de produits phytosanitaires. Traditionnellement, cette utilisation est assurée par des pulvérisateurs tirés par des tracteurs.
    Alors que ces engins manquent dans les exploitations, il se trouve que de petits avions de tourisme fabriqués localement pourraient permettre de s’acquitter en partie de cette tâche. Chacun à en tête l’image de ce genre d’avions utilisés en lutte acridienne. Une tête utilisation serait l’occasion de passer un cap technologique.

    CLIMAT ET SOL: DES CONTRAINTES POUR LA PULVERISATION TRADITIONNELLE.

    Les conditions naturelles locales ne facilitent pas le travail des céréaliers. Qu’on en juge. Une partie de l’hiver, malgré des pluies bienfaisantes le froid freine la croissance des plantes. Alors que les températures redeviennent clémentes au printemps peuvent survenir les premiers coups de chaleur en mai. La sécheresse du sol freine alors l’absorption des engrais par les racines, tandis que le faible taux d’humidité de l’air réduit l’efficacité des produits phytosanitaires appliqués sur les feuilles.
    Sur les exploitations, le nombre de pulvérisateurs reste faible. Pour de nombreux petits agriculteurs, utiliser un pulvérisateur est un geste inconnu. Quand l’engin est disponible, le plus souvent son envergure n’est que de 12 mètres au lieu du double pour les modèles les plus récents. Cette faible envergure rallonge le temps d’application et oblige une multiplication des traces de roues sur les parcelles, écrasant ainsi autant de plants aux épis prometteurs. Se pose donc la problématique de la production locale de pulvérisateurs. Des montages locaux de ces engins dans le cadre d’un partenariat comme dans le cas des moissoneuses-batteuses SAMPO serait à étudier.

    Le recours à la pulvérisation aérienne pourrait s ‘avérer d’autant plus intéressant que l’heure est à l’intensification céréalière. Sous l’effet des subventions des pouvoirs publics l’irrigation est par exemple en fort développement. Dans ces conditions la pulvérisation de désherbants insecticides voire fongicides s’avère encore plus payante. Idem concernant une technique à l’avenir prometteur: le non-labour avec semis direct. Cette technique oblige le recours à un désherbage chimique.
    Depuis peu, apparaît une autre famille de produits à pulvériser: les oligo-éléments et engrais à absorption foliaire. Des essais réalisés en Tunisie1et par l’Ecole Nationale Supérieure d’agronomie d’El-Harrach2 permettent des gains notables de rendement: jusqu’à 13 quintaux dans l’essai algérien.

    Ces pulvérisations de fertilisants foliaires constituent une révolution technique du point de vue de l’agronomie. Ce type de produits est aujourd’hui disponible sur le marché local3. Ils s’avèrent être un complément aux produits habituellement épandus au sol. L’explication de cette efficacité par voie aérienne vient du fait qu’au printemps la faible humidité du sol réduit l’absorption par voie racinaire. Par ailleurs, la richesse du sol en calcium bloque certains oligo-éléments naturellement présents dans le sol. Le recours à des apports sous différentes formes, dont la voie aérienne s’avère indispensables. Longtemps, ces aspects ont été sous estimés par la recherche agronomique locale.

    Les travaux tunisiens précédemment cités ont montré par ailleurs, que l’application d’engrais potassiques par voie foliaire permet une meilleure utilisation de l’azote. Les grains et les pailles sont ainsi plus riches en cet élément. Conséquences pour le blé dur: une semoule de meilleure qualité et donc des pâtes alimentaires qui tiennent à la cuisson. Aspect particulièrement apprécié par les professionnels de l’agro-alimentaire (Groupe Benamor par exemple).

    A moyen terme, les organismes de collecte qui achètent les céréales aux agriculteurs pourraient revoir à la hausse le régime des pénalités pour impuretés dans les grains. Celui-ci n’a pas évolué depuis 1988. Cela encouragerait les producteurs à désherber leurs parcelles afin d’éliminer les mauvaises herbes et donc de réduire les graines mêlés aux grains de blé lors de la livraison de leur récolte.

    PULVERISATION AERIENNE: DES ATOUTS HUMAINS ET MATERIELS INDENIABLES.

    Pour assurer ces pulvérisations agricoles, l’économie locale dispose de moyens non négligeables. En Algérie, des avions sont déjà utilisés en lutte acridienne. Ainsi l’Entreprise de Construction Aéronautique a produit depuis 1993 plus de 60 avions de tourisme sous licence tchèque: le Firmas 142 et le Safir 43. S’exprimant récemment dans la presse nationale, Mr Redouane TOUHAMI, directeur de l’entreprise, a évoqué la fabrication d’un nouveau modèle: le Zlin 137T spécialement adapté à la pulvérisation agricole.

    Par ailleurs, le potentiel humain local n’est pas négligeable. Les secteur de l’aviation civile et militaire sont à l’origine de la formation de nombreux pilotes, ingénieurs et techniciens de maintenance dont les compétences trouveraient pleinement à être employées également en agriculture. L’ouverture de sociétés de travaux agricoles aériens peut constituer une opportunité dans le cadre de dispositifs tels l’ANSEJ. Au niveau du jeune public, l’aviation, même agricole, peut attirer les vocations. Il est en effet préférable de piloter un avion qu’être au commande d’un tracteur. Il s’agit également d’un domaine d’activités motivant pour les étudiants en mal d’inspiration pour leurs mémoires de fin d’études. Des thèmes de recherche pourraient être développés. Il serait également possible d’envisager la conception d’ULM par l’Ecole Nationale Polytechnique. Rappelons que les volumes de produits à épandre sont de faible quantité.

    Enfin, il faut noter la couverture progressive du territoire national par un réseau de technico-commerciaux vendant des produits phytosanitaires et des fertilisants de firmes locales ou étrangères (Syngenta, ACI, Profert et Fertial). Ces agents de terrains reçoivent, en général, une rémunération liée au chiffre d’affaires réalisé sur leur secteur d’activité respectif. Ils sillonnent ainsi ce secteur essayant d’entrer en contact au plus profond des campagnes. A cet égard, ils constituent un puissant outil de vulgarisation agricole. De part les produits mis sur le marché, on assiste donc à une forte impulsion de la pulvérisation agricole.

    Par rapport aux moyens traditionnels, l’avion offre un avantage incomparable: la rapidité d’exécution du traitement. En effet, l’efficacité d’une pulvérisation foliaire repose en grande partie sur un bon taux d’hygrométrie. Ces conditions restreignent parfois la période de traitement aux seules heures du début de matinée ou de début de soirée. Enfin, certains produits sont à utiliser à un stade précis de développement de la plante. Passé ce stade, ils ne sont plus efficaces; certains peuvent même devenir toxiques.

    La pulvérisation aérienne offre une opportunité certaine au secteur agricole. Face aux contraintes rencontrées par les céréaliers afin de réaliser les traitements souhaités en temps voulus, ce moyen permettrait une rapidité d’exécution indéniable. Resterait à mettre en place la logistique nécessaire.

    L’enjeu en agriculture, est de trouver les systèmes d’innovations techniques permettant de « valoriser les ressources locales, l’ingéniosité et la force de travail du million de familles paysannes. Elles occupent des territoires locaux, où l’avenir de l’agriculture et l’élevage repose d’abord sur cette fabuleuse capacité de flexibilité et d’adaptation à leur environnement que les éleveurs et agriculteurs des zones semi-arides ont su sauvegarder jusqu’ici » (BESSAOUD 1993).

    Ainsi, à moyen terme, en matière de pulvérisation agricole, la solution pourrait provenir du ciel…

    Djamel BELAID Ingénieur Agronome ENSA El-Harrach.

  10. Agronome. Says:

    Une contribution au débat. Désolé, les tableaux apparaissent un peu destructurés.
    PRATIQUES AGRICOLES ET FERTILITE DES SOLS DE GRANDES CULTURES EN ALGERIE.

    Djamel BELAID Ingénieur Agronome ENSA El Harrach.

    RESUME: En Algérie, les besoins alimentaires croissants de la population posent la question cruciale d’une reproduction durable des ressources naturelles. Dans les zones céréalières semi-arides, les systèmes de cultures se traduisent par une baisse continue du taux de matière organique du sol ce qui a pour conséquence baisse de fertilité des sols, moindre capacité de rétention en eau et plus grande sensibilité à l’érosion. La modification du statut foncier des terres ainsi que la volonté des pouvoirs publics de développer les surfaces irriguées ne sont pas sans effet sur le statut organique des sols de grande culture. Nous nous proposons de recenser les moyens permettant d’enrayer cette chute du taux de matière organique des sols. Un des moyens est de favoriser les restitutions organiques sous forme de chaumes, paille ou fumier. La concurrence de l’élevage ovin concernant les chaumes et les pailles ainsi que celle exercée par les cultures maraîchères concernant le fumier constituent cependant un obstacle. Une autre solution serait de mobiliser les composts urbains et boues résiduaires des stations d’épuration des eaux usées. Enfin, le semis direct possède l’avantage de préserver la matière organique du sol et d’augmenter l’infiltration de l’eau. Cependant, l’adoption de ce nouveau système d’exploitation nécessite un investissement initial en capital conséquent..

    Mots clé: Matière organique, céréales, boues résiduaires, semis direct.
    Code JEL: Q 15

    Introduction:

    En Algérie, face aux besoins d’une démographie galopante et d’une urbanisation rapide se pose la question cruciale d’une reproduction durable des ressources naturelles en agriculture. La surface agricole utile est passée de 0,75 hectare en 1962 à 0,25 hectare aujourd’hui. Outre cette utilisation des terres à des fins non agricoles, le capital que constitue le sol fait face à un mal insidieux: la baisse du taux de matière organique des sols de grandes cultures. Il est souvent bien inférieur au taux de 2% souhaité (MAZOYER, 1970). Il en est de même en Tunisie (BEN HASSINE 2008)

    Une telle situation n’est pas sans conséquence sur le niveau des productions et sur leur reproductibilité.

    En effet, moins de matière organique dans les sols signifie une instabilité plus grande des agrégats formant le sol et donc une plus forte sensibilité à l’érosion. Rappelons qu’en Algérie, l’érosion peut emporter 2000 à 4000 tonnes de terre par km2 et par an (DEMMAK, 1982). Le sol n’échappe donc pas à ce constat fait par BEDRANI (1993) « la croissance de la population entrainant la croissance des besoins, la tendance a été de décapitaliser: défrichage rapide des terres steppiques, accroissement inconsidéré de la charge des troupeaux, surexploitation des nappes, stérilisation de terres par irrigation avec des eaux trop salées et insuffisamment drainées ».

    La baisse des teneurs en matière organique affecte également la fertilité des sols. Cette matière organique a en effet un rôle bénéfique et cela à différents niveaux. La fertilité s’en trouve améliorée par la libération d’éléments minéraux, la stabilisation de la structure du sol, la stimulation de l’activité biologique du sol mais surtout par l’augmentation de la capacité de rétention en eau du sol. Or, il convient de rappeler que dans les zones céréalières, le déficit hydrique est le principal facteur limitant. La sécheresse est le principal facteur de risque de l’agriculteur qui fait le pari d’ensemencer des parcelles en céréales. Et les ambitieux projets gouvernementaux d’irrigation ne pourront jamais couvrir l’ensemble des terres1.

    Comment à évolué le taux de matière organique des sols depuis l’indépendance? Quels sont les freins à l’action visant à retrouver une situation plus conforme aux exigences agronomiques? Quels résultats peut-on escompter des actions menées au sein des exploitations agricoles? Quelles sont les solutions réalistes pouvant s’inscrire dans les stratégies des exploitations disposant ou non d’irrigation? Telles sont quelques-unes des questions qui guiderons notre réflexion. Il ne s’agit pas de répondre dans le détail à toutes les questions fondamentales, mais d’apporter un éclairage sur quelques-uns des termes relatifs à la question du statut organique des sols de grandes cultures.

    I-Le sol: pression anthropique, surexploitation et érosion.

    La céréaliculture coloniale en milieu semi-aride a été marquée par la pratique de la jachère travaillée (dry-farming). Des labours de plus en plus profonds et des passages répétés d’outils au printemps ont provoqué la minéralisation de la matière organique du sol (MAZOYER 1993). Les éléments minéraux ainsi mobilisés permettaient de s’affranchir de l’apport d’engrais. Cette pratique a pu être qualifiée d’agriculture minière.

    Ce passage du taux de matière organique du sol de 2% en 1930 à 0,5% voire 0,2% en 1940 note MAZOYER (1970) est à l’origine d’une perte de la fertilité des sols. En effet, la matière organique du sol permet une meilleure rétention de l’eau. Par ailleurs, elle permet de fournir au printemps de l’azote minéral à la plante. Si de nos jours cette pratique de la jachère travaillée a régressé, la situation actuelle de la céréaliculture peut être encore qualifiée d’agriculture minière. En effet la céréaliculture est marquée par son association avec l’élevage ovin. Or, en absence de fourrages en quantités suffisantes, les ovins sont à l’origine d’une exportation continue des pailles et chaumes, empêchant toute restitution organique au sol.

    Enfin, un autre facteur de baisse du taux de matière organique provient de l’irrigation. Combinée à de fortes températures, l’irrigation est à l’origine d’une accélération de la minéralisation de la matière organique du sol. NAMAM (2001) note ainsi au Maroc une baisse de 48% du taux de matière organique dans les périmètres irrigués pour une mise à eau supérieure à 30 ans. SOUDI et al., (2003) notent qu’au Maroc, ce processus s’observe dans tous les types de sols (Tableau 1).

    Type de sol
    1987
    1993
    1997
    Vertisol (Tirs)
    1,99%
    1,50%
    1,22%
    Isohumique (Hamri)
    2,48%
    1,47%
    1,01%
    Fersialitique (Rmel)
    1,84%
    0,85%
    0,83%
    Peu évolué (Faid)
    1,53%
    1,02%
    0,91%
    Tableau 1: Evolution de la teneur en matière organique dans les principaux types de sols (SOUDI et al., 2003).

    II-Ajustement structurel et nouveaux programmes de modernisation.

    En une quinzaine d’années, suite à la politique d’ajustement structurel et aux derniers programmes de modernisation, le contexte agricole a sensiblement évolué. Cette évolution n’est pas sans affecter les questions relatives au statut organique des sols.

    Des évolutions concernant les exploitations: Les réformes économiques des années 90 ont induit l’apparition d’exploitations céréalières plus nombreuses et de tailles plus réduites (DJENANE, 2007)2. A côté de ces exploitations existent des exploitations de plus grande taille de 100 ha3 voire 750 ha4. La politique de concessions de terres agricoles a permis l’installation de nouveaux exploitants. Le statut juridique de ces concessions confère un caractère privé à leur exploitation.

    Des évolutions concernant la superficie des cultures: On assiste à un fort développement des surfaces consacrées à la culture de la pomme de terre. Or, les fanes de pommes de terres constituent de faibles restitutions par rapport à la forte minéralisation de la matière organique induite par cette culture. Minéralisation d’autant plus élevée que la culture est menée de façon irriguée.

    Des évolutions concernant l’irrigation des cultures: Les orientations du MADR5 visent à développer l’irrigation sur de grandes surfaces: 600 000 ha en 2014 contre 120 000 ha actuellement. De nouvelles dispositions devraient permettre aux agriculteurs de financer l’acquisition des équipements d’irrigation grâce à un crédit contracté auprès de l’Office Interprofessionnel des Céréales et remboursable par leur production de grains6.

    Des évolutions concernant l’élevage ovin: On observe une croissance continue du cheptel ovin sous l’effet d’une forte demande de la part des consommateurs. Cette croissance n’est pas sans exacerber la demande en fourrages et pailles au niveau des zones semi-arides. La tendance à l’augmentation du cheptel bovin et des effectifs de volailles se traduisent par la production de quantités accrues de fumier et litières de volailles pouvant servir d’amendements organiques.

    Des évolutions concernant l’encadrement technique: Le nombre de conseillers techniques est en hausse mais le changement concerne également le statut de certains de ces personnels. Aux côtés des techniciens des services agricoles et des instituts techniques, sont apparus des conseillers de Chambre d’Agriculture, d’associations professionnelles agricoles mais aussi de firmes. La société d’engrais FERTIAL met en place un réseau de conseillers qui proposent gratuitement des analyses de sols aux agriculteurs.

    III- Paille, chaume et fumier, des amendements organiques chèrement disputés.

    La préservation du capital organique du sol peut prendre la forme d’apports de fumier de ferme ou de restitutions telles les chaumes ou les pailles.

    Du fait du manque de fourrages, la paille de céréale est plus utilisée comme fourrage que comme litière. Ce fait réduit les quantités de fumier produite par tête de bétail. MADI et AHMED-ZAID (2012) évaluent la production locale de fumier de bovins et ovins à 50 millions T/an et à un million T/an la production annuelle de litière de volailles. Selon leur enquête, des exploitations de la région de Sétif et Tiaret utilisent jusqu’à 2 T/ha de fumier. L’épandage de fumier est une opération qui demande beaucoup de main d’oeuvre. Il n’est pas rare de voir près de grosses étables des tas de fumier non utilisés faute de moyens d’épandage mécaniques. Rares sont les exploitations qui disposent par exemple d’une fourche à l’avant du tracteur et d’un épandeur.

    Mais du fait de la concurrence exercée par les besoins des cultures maraichères et notamment en pomme de terre, leur mobilisation en grande culture reste difficile. L’utilisation de ce type d’amendement nécessite de maîtriser les doses à épandre et de connaître la dynamique de libération de l’azote et donc de la place de ces produits dans la rotation. Un excès de libération d’azote au printemps peut, en effet accentuer l’effet d’un déficit hydrique sur les céréales lors du remplissage du grain. De tels accidents peuvent rebuter les agriculteurs à utiliser ce genre d’amendements.

    Le broyage et l’enfouissement des pailles de céréales apporte au sol une grande quantité de matière organique stable. Cependant, cette pratique agronomique est difficilement envisageable. En absence chronique de fourrages ces pailles sont réservées à un élevage ovin plus rémunérateur que les céréales. Le broyage implique par ailleurs l’utilisation de broyeurs couplés au matériel de récolte ou tractés. Une alternative peut consister à n’enfouir que les chaumes de céréales et de le faire que sur une partie de l’exploitation afin de réserver des parcours aux moutons de l’exploitation. L’absence d’élevage ovin sur l’exploitation ne préserve pas les chaumes de la dent du mouton. Ces parcours sont très prisés par les éleveurs de la steppe et leur location estivale procurent de substantiels revenus aux céréaliers.

    Afin d’imaginer une quelconque politique de restitutions de résidus de récolte, il convient d’explorer les voies permettant de réduire la demande en paille. Cette demande est locale mais provient également des agro-pasteurs. Différentes voies existent: meilleure valorisation de la paille par son enrichissement à l’aide d’urée, augmentation des productions fourragères pérennes (Opuntia, Atriplex, Acacia) en milieu steppique (NEFZAOUI, CHERMITI, 1991) ou augmentation des productions fourragères annuelles. Ces dernières productions peuvent avoir leur place en sec ou en irrigué, dans les dépressions (dayat) où le sol est plus profond. Si le cultivateur poly-disques (cover-crop) est à bannir, il s’agit par exemple de proposer des semoirs permettant de disposer les semences dans le sol en fendant celui-ci à l’aide d’un disque crénelé mais sans remanier l’ensemble de la couche de surface .

    IV Effet de l’urbanisation, boues résiduaires et compost.

    Une des conséquences de l’urbanisation est l’apparition de nouveaux types d’amendements organiques: boues résiduaires des stations d’épuration, boues de curage des réseaux d’assainissement, compost de déchets urbains. Les gisements de matière organiques sont nombreux déchets des industries agro-alimentaires, déchets et résidus des productions agricoles, résidus de transformation du bois et déchets d’abattoirs…etc. Les sources les plus inattendues peuvent être mobilisées. TAAMALLAH et al., (1994) notent qu’il est possible de produire un amendement organique à partir du compostage de margines et de Posidonia oceanica abondamment rejetée sur les côtes tunisiennes.

    Le maillage progressif du territoire national par 142 stations d’épuration permet d’envisager une large utilisation des boues résiduaires. Plusieurs études locales se sont penchées sur leur utilisation comme amendements organiques. Suite à des essais réalisés à Sétif sur du blé dur ATI (2010) montre que les parcelles ayant reçue des boues résiduaires présentent un rendement de 34,8 quintaux contre seulement 14,7 quintaux pour les parcelles témoins (Tableau 2).

    Rendement
    (qx/ha).
    Témoin
    20 tonnes/ha
    30 tonnes/ha
    40 tonnes/ha
    Grains.

    14,7
    30
    34,2
    34,8
    Paille.
    16,9
    44,9
    49,6
    53,4
    Tableau 2: Effet de l’apport de boues résiduaire sur le rendement du blé dur (ATI, 2010).

    De nombreux travaux universitaires montrent une augmentation de rendement des cultures recevant des boues résiduaires. Le taux de matière organique du sol se trouve amélioré, il peut passer de 1,2% à 2,4% suite à des apports successifs durant 4 années (BARBATIK et al., 1985). La capacité de rétention du sol en eau également améliorée.

    En Algérie, les déchets urbains sont collectés à 80% soit pour 2010 7,8 millions de tonnes. La valorisation de la partie putrescible de ces déchets (40% à 60% en poids) permettrait de produire par compost 2 à 3 millions de tonnes d’amendements organiques, soit de quoi amender annuellement 60 000 hectares.

    L’utilisation de composts urbains comme amendements organiques peut permettre des augmentations de rendements significatives (HAMDI et al., 2002). La production d’un tel amendement nécessite cependant en amont des opérations de tri et de broyage des déchets ménagers avant leur mise en fermentation aérobie sur une plate-forme de compostage. Après plusieurs retournements du compost, il est possible d’obtenir au bout d’un mois un produit stabilisé (JEMALI et al., 1996).

    Un centre de tri et de compostage de déchets ménagers est en cours de rénovation à Blida, un autre est en cours de construction à El Hamiz. Le compost de déchets verts se développe également. Le Jardin d’Essais d’El Hamma envisage la prochaine mise en vente de terreau agricole (30 DA/L) produit au niveau de sa plate-forme de compostage. L’Entreprise de Développement des Espaces Verts de la Wilaya d’Alger envisage d’installer 2 plates-formes de compostage suite à l’interdiction prise par les pouvoirs publics d’interdire de jeter les déchets verts dans la décharge de Oued-Smar.

    L’utilisation des produits résiduaires (boues et composts urbains) comme amendements suscite des interrogations quant à d’éventuelles contamination des sols en éléments traces métalliques. Dans le cas des composts, leur utilisation génère des apports supérieurs aux autres sources d’entrée7 d’éléments traces métalliques. Ce n’est cependant pas le cas pour le cadmium et le chrome qui sont essentiellement apportés par certains engrais phosphatés. Après neuf années d’essais dans le Bassin Parisien, HOUOT et al., (2009) notent que l’apport d’éléments traces représente 0,002 à 2% des stocks d’éléments présents dans l’horizon d’incorporation. Quant à la proportion des éléments traces qui passent du sol aux végétaux (rotation maïs-blé), elle est très faible: elle varie de 0,0006% à 0,1% du stock du sol. Leur concentration dans les grains issus des parcelles test restent inférieures à celles des parcelles témoins.

    Au Maroc, depuis plusieurs années, des industriels mettent sur le marché, des volumes conséquents d’amendements organiques8.

    V-L’agriculture de conservation, ou l’abandon d’un paradigme

    Des essais réalisés avec semis direct en zone sub-humide (ABDELLAOUI et al., 2010) ou semi-aride (BOUZRARA et al., 2010) montrent une meilleure préservation de la matière organique du sol. Ces résultats confirment des travaux réalisés par BESSAM et MERABET (2001) au Maroc. ANGAR et al., 2010 après 8 années d’essais en zone semi-aride notent que cette amélioration concerne tous les horizons du sol (Tableau 3). Ils notent également qu’en cas de semis direct, l’eau de pluie s’infiltre plus vite dans le sol; ruissellement et processus érosifs sont donc réduits.

    Profondeur du sol.
    Avec semis conventionnel
    Avec semis direct
    0 – 10 cm
    1,5
    2,17
    10 – 20 cm
    1,3
    2,1
    20 – 30 cm
    1,5
    2,05
    30 – 40 cm
    1,5
    1,9
    Tableau 3: Taux de matière organique du sol selon le type de semis (ANGAR et al., 2010).

    Ils notent également qu’en cas de semis direct, l’eau de pluie s’infiltre plus vite dans le sol; ruissellement et processus érosifs sont donc réduits. C’est ce qui pourrait expliquer les meilleurs rendements en semis direct par rapport au mode de semis conventionnel (Tableau 4).

    Pluviomètre (mm)
    Rendement semis direct (qx/ha)
    Rendement semis conventionnel (qx/ha).
    405
    43
    43
    405
    43
    43
    405
    45
    45
    157
    10
    0
    184
    28
    23
    Tableau 4: Evolution du rendement selon le mode de semis RAZINE (2008).

    Le semis technique permet une plus grande rapidité de travail. BOUGUENDOUZ (2010) note que pour un hectare l’implantation d’une céréale prend 1 heure en semis direct contre 6,5 heures en semis conventionnel. Les coûts de mécanisation sont moindres 4 500 DA/ha contre 8700 DA/ha. C’est ce qui peut expliquer son développement dans les pays Maghrébins (Tableau 5).

    Années
    Nombre de semoirs
    Hectares semés
    2001
    1
    51
    2002
    4
    167
    2003
    4
    312
    2004
    9
    1002
    2005
    15
    1799
    2004
    21
    2893
    Tableau 5: Évolution du nombre du semis direct en Tunisie (FA0 2006).

    La rapidité de travail permis par le semis direct est par ailleurs un atout en cas de présence de jachère pâturée sur l’exploitation. Ce système ne s’oppose donc pas à la présence de troupeaux d’ovins sur les exploitations.

    Cette technique nécessite cependant l’utilisation de semoirs spécifiques9 qui sont trois fois plus lourds que les semoirs traditionnels et trois fois plus chers. Actuellement, le nombre de ces semoirs est de l’ordre d’une vingtaine d’exemplaires. Ces semoirs ne peuvent être tirés que par des tracteurs de 90 chevaux. Or, ceux-ci sont très peu présents sur les exploitations (Tableau 6). Le semis direct nécessite également de disposer d’un pulvérisateur afin de réaliser un désherbage chimique. Il est actuellement développé sur quelques exploitations d’assez grande taille10 et disposant d’un bon encadrement technique.

    Catégories
    Nombre de tracteurs
    En %
    TR 65 CV
    25443
    28,2
    TR 80 CV
    3791
    1,7
    Tableau 6: Estimations des disponibilités en matériel de traction (Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural, 2003).

    La généralisation de ce mode de semis passe par la production nationale ou régionale11 de semoirs adaptés à nos conditions et à la puissance de traction présente sur les exploitations.

    La technique de semis directe peut s’accompagner de l’installation de couverts végétaux. Des travaux menés en zone semi-aride, en Tunisie montrent qu’il est possible d’installer ce type de couvert sur des sols dégradés en implantant une légumineuse pionnière (GRANIER, 2010). L’ exploitation raisonnée de ce système de culture aura permis en 6 années le retour à la productivité des terrains traités. Le taux de matière organique du sol passe de moins de 1% à 5%. On passe ainsi d’une offre fourragère de cueillette à une véritable culture des fourrages. La charge ovine à l’hectare est ainsi améliorée.

    Dans la mesure, où l’implantation de ces couverts fourragers ne nécessitent que peu de capital, elles présentent l’avantage de s’inscrire dans la « stratégie sécuritaire adoptée par les exploitations qui sont dans une situation où la reproduction de la force de travail n’est pas assurée avec suffisamment de certitude » (BEDRANI, CAMPAGNE, 1991). L’adoption de ce type de couvert nécessite cependant durant les premières années, un accompagnement technique personnalisé.

    CONCLUSIONS:

    Les faibles taux de carbone des sols céréaliers sont révélateurs d’un déséquilibre entre entrées et sorties du carbone. Ce statut organique du sol a une origine anthropique. Il est lié à des causes historiques et à l’association céréaliculture-élevage ovin qui se traduit par la pratique de la rotation céréales-jachère. Cette chute du taux de la matière organique des sols est amenée à s’accentuer avec le développement des surfaces irriguées. Selon le type d’exploitations et selon les systèmes de culture différentes solutions mobilisant plus ou moins de capital peuvent être envisagées.

    L’abandon de la rotation céréales-jachère et une politique de restitutions au sol des résidus de récolte a permis des effets positifs en d’autres lieux. La dualité entre les besoins des céréales et ceux des ovins fait qu’une telle éventualité n’est pas envisageable dans le contexte étudié. Face au risque climatique et économique, la pérennité du système repose sur l’élevage ovin. Ces sols sont en effet, destinés à la production de céréales d’hiver dont la demande à l’échelle locale et internationale est sans cesse plus forte et les seules sources de carbone produites sur les exploitations (pailles et chaumes) ne peuvent retourner au sol du fait de la concurrence de l’élevage. On est en présence d’un processus en boucle qui provoque une surexploitation des ressources.

    L’urbanisation croissante a pour corollaire la possibilité d’apporter du carbone exogène à l’exploitation sous forme de produits résiduaires organiques. Leurs effets sont certes positifs mais il s’agit de produits pondéreux dont il faut tenir compte du coût du transport et de l’épandage. On peut penser à la prise en charge de ces opérations par les stations d’épuration à travers une taxe dont devraient s’acquitter les collectivités urbaines. Il est à rappeler que ces stations doivent régulièrement se débarrasser de leurs boues sous peine de devoir interrompre leur activité. Quant à la mise en Centre d’Enfouissement Technique des déchets ménagers, il a un coût et est de moins en moins accepté par les populations riveraines. L’option de l’incinération des déchets n’est pas sans risque sur l’environnement. Si les éléments traces métalliques de ces produits méritent un suivi, il est à réaffirmer que des solutions techniques existent contre leur éventuelle accumulation dans les sols (dilution des produits résiduaires par l’incorporation de sous-produits agricoles, plans d’épandages pluriannuels visés par les autorités compétentes).

    La mobilisation des produits résiduaires à des fins agricoles nécessite d’être reconnue comme cause d’utilité publique et faire l’objet d’une réflexion d’ensemble. Ainsi, une production locale d’amendements organiques de qualité passe par la mise en place de filières de recyclage du plastique, papier, fer, verre, piles, huiles automobiles et déchets industriels. Seules les opérations de tri des flux en amont des chaînes de traitement permettent de réduire la présence d’inertes (verre, plastiques, cailloux, …). En Europe, la baisse d’éléments trace dans les produits résiduaires a surtout bénéficié de la suppression du mercure dans les piles ou du plomb dans l’essence. Par ailleurs, afin de proposer des produits indemnes d’éléments traces métalliques, les stations d’épuration se doivent de s’assurer des sources éventuelles de pollution12. on peut penser à un pré-traitement des eaux venant d’une zone industrielle au sein même des unités les plus polluantes. Une telle réflexion implique la coordination entre les moyens nationaux tels que l’Agence Nationale des Déchets, l’Office Nationale de l’Assainissement, l’Institut National des Sols de l’Irrigation et du Drainage ou l’INRA13. Enfin, dans le but de disposer de références fiables par type d’amendement, de culture et de sols, les essais agronomiques de longue durée sont des outils permettant d’étudier qualité des récoltes, des sols et des eaux.

    La révolution technique vient de l’agriculture de conservation et du semis direct. Jamais depuis l’apparition de la charrue en acier dans les zones céréalières algériennes n’avait pu être enrayée la dégradation des sols. Les travaux réalisés depuis une dizaine d’années dans les pays Magrébins montrent que non seulement le semis direct permet d’enrayer ces processus érosifs mais qu’en plus il permet des hausses de rendement. Sous semis direct, le taux de matière organique du sol remonte. Quant au ruissellement, il est réduit du fait d’une meilleure infiltration des eaux de pluie. Cette meilleure disponibilité du sol en eau explique la meilleure tenue des rendements en cas de déficit hydrique prononcé. Le semis direct réduit la durée de travail et les coût de l’implantation des cultures. C’est ce qui peut expliquer l’engouement que rencontre cette technique. Des freins à sa diffusion existent: coût élevé des semoirs, inadéquation de la puissance de la majorité des tracteurs présents dans les exploitations et maîtrise du désherbage chimique. Cette technique exclue actuellement les petites exploitations sauf à envisager l’achat groupé de matériel agricole et de recevoir un accompagnement technique.

    L’intérêt de l’amélioration du statut organique du sol dépasse le simple cadre de la parcelle. Par ses effets, la matière organique atténue les chutes de rendement et permet donc de réduire une partie des risques (dont le risque climatique) qui caractérisent les exploitations agricoles méditerranéennes (BEDRANI, CAMPAGNE 1991). Cette baisse chronique du taux de matière organiques des sols et donc de la tendance à décapitaliser s’avère préoccupante; d’autant plus qu’elle n’est pas entièrement perçue par les pouvoirs publiques. Des solutions techniques se font jour. Elles proviennent d’universitaires, d’ingénieurs des instituts techniques, de firmes14, de céréaliers ou du fruit de la coopération régionale et internationale. Se pose dorénavant la question des moyens que doit affecter la collectivité nationale à la protection des sols de grande culture. La dimension des solutions envisagées implique les pouvoirs publics avec notamment l’accès aux semoirs, le monde agricole car la réussite de ces techniques ne peut passer que par un développement participatif, mais également les collectivités locales et leur façon de gérer leurs déchets . Par ailleurs, il s’agit de définir les référentiels techniques essentiels pouvant être déclinés en programme d’action.

    Les derniers changements de statut foncier ont profondément modifié le monde agricole. C’est le cas avec l’apparition d’exploitations privées dont certaines sous forme de concessions de terres agricoles. Dans le cas d’exploitants agro-pastoraux bénéficiant de fait d’un statut privé, BEDRANI (1992) a pu remarquer une nouvelle préoccupation: celle de la durabilité de leur système d’exploitation. Il est à espérer que cette nouvelle politique encourage les céréaliculteurs à se préoccuper du statut organique du sol de leur exploitation.

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  11. Agronome. Says:

    @Ridan. A propos de votre question concernant l’utilisation des écorces de pastèques et de melon en aviculture, il faudrait l’avis d’un spécialiste: un zootechnicien.

    En attendant leurs interventions, quelques remarques:
    1- donner ces épluchures fraîches à des poules qu’on élève dans un coin de son jardin, cela peut constituer un complément alimentaire. Mais leur composition en matière azotée et en énergie est très faible. Elles ne peuvent pas remplacer maïs et soja en élevage industriel. En tout cas, les petits élevages familiaux sont à encourager. Les poules pondeuses de réforme pourraient être utilisées dans de petits poulaillers de citadins.

    2- en élevage industriel, comme vous le savez, il faut du maïs et du soja afin de rentabiliser l’élevage et les souches de poules. Le problème de leur production en Algérie vient du fait que maïs et soja poussent en été et nécessitent d’être bcp irrigués. L’Onab remplace actuellement une partie du maïs importé par de l’orge locale. A un moment l’ITCF (France) a bcp travaillé la valeur du triticale et du pois protéagineux en remplacement du maïs et soja. Ce serait là des pistes à creuser avec aussi par exemple le lupin, la féverolle (en créant des variétés pauvres en éléments anti-croissance) d’autant plus ces plantes poussent en hiver-printemps (périodes humides).
    – à Loué, et ailleurs en France, des éleveurs ouvrent les portes des poulaillers et les poules picorent dans des prairies proches des bâtiments. Avec des souches spéciales, cela pourrait réduire un petit peu les quantités d’aliments en grains???

    Sinon, pour avoir des protéines dans notre ration alimentaire, il faudrait peut être faire comme les Japonais: consommer plus de soja (riche en protéines végétales). Cela sous forme de farine (pourquoi pas de la garantita enrichie de soja), de pousses de soja, de fromage de soja « tofu », de lait de soja, de rouleaux de printemps (qui ressemblent à nos boureks). Il y a de nouveaux aliments à créer. Pourquoi pas des « cordons bleus » au soja et au fromage reconstitué (comme pour les pizzas)?
    Actuellement, nous donnons les grains de soja aux poules. Ecologiquement, c’est une grave erreur. Il serait plus logique de consommer directement ces précieuses graines.

  12. Agronome Says:

    Il n’y a pas de baguette magique en matière de développement surtout en matière de développement agricole. Cependant, la mécanisation est une des roues importantes du carrosse.

    AGRICULTURE: MECANISER AFIN DE PRODUIRE PLUS.

    Le nombre d’engins agricoles est en constante progression en Algérie. Ce parc est estimé à 110.000 tracteurs et à 10.000 moissonneuses-batteuses En dépit de cette évolution l’agriculture algérienne reste peu mécanisée. Or, le travail agricole est pénible: il s’effectue en plein air et est marqué par la répétition de tâches fastidieuses et le maniement de charges lourdes. Récolter du blé en Algérie, c’est souvent ramasser des sacs de près de 100 kg et les charger à la force des bras sur une remorque sous une chaleur de plomb et entouré d’une fine poussière de paille broyée. Poussière qui se colle à la peau mouillée de sueur et agit comme autant d’aiguilles acérées.

    La main d’oeuvre utilisée en agriculture est peu qualifiée. Elle est donc confronté à la concurrence d’autres secteurs: construction, commerce informel, secteur public. Nombreux sont les investisseurs qui se plaignent du manque de main d’oeuvre: berger, ouvrier d’étable, saisonniers lors de la récolte de pommes de terre ou d’agrumes.

    Machines et équipements peuvent rendre plus efficient le travail de l’agriculteur. En grandes cultures, seule le pulvérisateur ou la sarcleuse tractée peuvent éliminer les mauvaises herbes dans un champs de blé ou de fèves. Seuls les propriétaires d’esclaves arrivaient à faire sarcler manuellement leurs champs de coton en Amérique. En matière d’irrigation, seul l’arrosage par aspersion voire au goutte à goutte peut permettre d’envisager l’irrigation à grande échelle tout en économisant une eau précieuse.

    Par ailleurs face à l’augmentation de la demande locale en besoins alimentaire augmenter la productivité du secteur agricole est une nécessité. Pour planter un hectare de pommes de terre à la main, il faut dix jours à un ouvrier agricole tandis qu’à l’aide d’une planteuse motorisée ce même ouvrier peut en planter 10. Entre un agriculteur travaillant manuellement et un autre utilisant des machines l’écart de productivité brute peut atteindre 2 000. On imagine l’effet sur le prix dans chacun des deux systèmes.

    La mécanisation et la motorisation de l’agriculture risquent-telle de se traduire par une perte d’emplois agricoles? En fait, l’existence d’un grand nombre de petites exploitations milite en faveur du maintien d’un emploi lié au secteur agricole et donc d’une mécanisation maîtrisée. Ainsi, il faudrait compter avec la ré-orientation de la main d’oeuvre vers d’autres opérations:
    -en aval: fabrication de matériel agricole, productions de nouveaux équipements suite à l’abondance de produits suite à la mécanisation, diversification accrue des productions, intensification (serres), relocalisation se productions (production de plants in vitro).
    -amont: transformation locale des produits jusque là réalisée à l’étranger du fait de l’importation de produits finis.

    Des études économiques fines peuvent permettre de mieux appréhender ces évolutions futures. Mais qui accepterait de nos jours de passer le mois de juillet courbé sous un soleil de plomb afin de moissonner à la faucille des champs de blé?

    Les tâches agricoles à effectuer.

    Tentons de définir les priorités. En matière de grandes cultures (blé, légumes secs), des tensions existent surtout concernant les opérations de labour, semis, pulvérisation et récolte (en sac et en vrac). Concernant les pommes de terre les tensions en matériel concernent les opérations de plantation, irrigation, pulvérisation, récolte. Bien que des prémisses de mécanisation se fassent jour ci et là, le travail reste principalement manuel pour un produit de base des ménages. En maraichage, des planteuses simples de plants de tomates ou de salades existent depuis cent ans à l’étranger. Elles sont pourtant encore inconnues de la majorité des maraichers algériens. La récolte des olives est pratiquement manuelle. Des engins simples comme les peignes mécaniques sont également inconnus localement. C’est le cas aussi de secoueurs de branches ou de troncs, matériels de conception simple ré-utilisables pour d’autres arbres fruitiers.

    Il existe une très forte tension sur le niveau de production des fourrages. Une analyse fine des besoins reste à réaliser quant aux moyens permettant d’en produire plus: épandeurs à fumier, matériel de fauche, matériel de bottelage etc… La manutention se fait principalement sous forme de bottes de petites dimensions. Les balles rondes et les grosses balles parallélépipédiques sont pratiquement inconnues sur les exploitations céréalières des hauts-plateaux. Outre des engins de pressage, leur utilisation requiert des moyens de manutention et de transport spécifiques dont des fourches avant montées sur tracteurs. Comme pour beaucoup de matériel agricole d’ingénieux utilisateurs ont mis au point des dispositifs originaux comme de petites remorques auto-chargeables pour balles rondes et attelables à de simples pick-up. Par ailleurs, ils n’hésitent pas à partager par internet les étapes de fabrication de tels dispositifs.

    En matière d’irrigation la demande porte sur les rampes de petits asperseurs, les enrouleurs d’aspersion, les pivots ainsi que les tuyaux pour goutte à goutte. Les pouvoirs publics sont fortement impliqués dans la diffusion de ces équipements notamment dans le domaine céréalier par l’octroi de subvention couvrant une large part de l’acquisition de ces équipements.

    De nouveaux besoins apparaissent ou se confirment: trieurs de semences, moyens de drainage pour lutter contre la salinisation des terres, chaînes de conditionnent et de calibrages de fruits et de légumes, plus forte demande sur les moyens de pulvérisation. La demande en un type d’engin peut augmenter subitement suite à l’apparition d’innovations agronomiques ou du développement des réseaux de vente en engrais et produits phytosanitaires. C’est le cas des pulvérisateurs avec la progression des surfaces menées en semis direct ou de l’apparition de la fertilisation foliaire (oligo-éléments) sur céréales.

    Il existe une spécificité des besoins en matériel. Celle-ci est imposée par la taille des exploitations agricoles, leur niveau d’organisation et les conditions liées au sol et au climat. Face à la baisse inquiétante de la fertilité des sols de grande culture et de leurs conséquences, notamment l’érosion, la technique du non-labour représente une voie d’avenir. Cette technique implique des semoirs spécifiques pratiquement absents localement et le recours à des pulvérisateurs dont l’usage reste encore peu courant.

    Produire localement du matériel agricole.

    La volonté de produire localement n’interdit pas l’importation. Celle-ci reste nécessaire. Cependant, elle doit être envisagée de telle façon qu’elle ne concurrence pas la production locale. L’importation doit viser un matériel rustique, peu sophistiqué et d’un entretien facile. Le matériel indien importé a remporté l’adhésion de nombreux agriculteurs. Les tests réalisés par les cadres de l’ITGC avec un semoir de semis direct conçu en Syrie grâce au concours d’experts internationaux se sont avérés intéressants. Au Maroc les premiers semoirs de ce type produits localement par la société ATMAR ont un prix plusieurs fois inférieur au matériel importé.

    Enfin l’importation peut prévoir d’un montage local comme dans le cas récent des moissonneuses-batteuses Sampo. Une plus grande disponibilité en pulvérisateurs nécessiterait de tels accords de partenariat.

    La conception et la fabrication peut concerner dans un premier temps le matériel le moins sophistiqué. Certains de ces engins sont à la portée d’un artisan ferronnier disposant d’un minimum de machines-outils et d’un poste de soudure à l’arc. C’est par exemple le cas de petites unités de tri des semences de céréales où une simple grille animée par un mouvement de va et vient peut suffire à éliminer les graines de mauvaises herbes et les grains cassés.

    Concernant la culture de pomme de terre manquent cruellement des planteuses et arracheuses. Ces engins sont de fabrication relativement simple. Un des engins qui pourrait incontestablement réduire la pénibilité du travail agricole concerne les moyens de manutention: fourche ou godet avant pour tracteur. De tels engins pourrait être utilisés lors de toutes les manutentions de charges lourdes, sacs d’engrais ou de semences, récolte des céréales (cas des moissonneuses-batteuses traditionnelles), des bottes de pailles et de fourrages, ainsi que des opérations d’épandage du fumier.

    La production de petit matériel agricole est pratiquement inexistante localement. Or, il s’agit là d’une gamme facile à mettre au point. C’est le cas de planteuses et arracheuses de pommes de terre, de bineuses et sarcleuses attelables à des motoculteurs.

    Ce type de matériel convient à toute une gamme de situations: petit agriculteur (maraicher), agriculteur de montagne, agriculture urbaine et péri-urbaine. Pour de petites surfaces, de petits semoirs, bineuses, et planteuses à un seul rang peuvent être également montés sur roue et poussés par la seule force humaine.

    Concernant la récolte des olives, des peignes mécaniques constitués de doigts en caoutchouc tournant autour d’un axe, ne sont pas d’une technicité très élevée. De tels engins faciliteraient considérablement la cueillette.

    Les capacités nationales permettant de concevoir et fabriquer localement du matériel agricole sont loin d’être négligeables. Localement, il existe déjà une industrie de fabrication de matériel agricole: tracteurs, outils de récolte, remorques, citernes, outils aratoires. Il existe par ailleurs une industrie métallurgique qui produit des engins de BTP. Certains matériels agricoles simples pourraient être pris en charge par cette industrie. C’est par exemple le cas de fourches et de godets avant pouvant équiper les tracteurs agricoles.

    Enfin, l’industrie métallurgique a formé des ouvriers spécialisés et des cadres. Les universités et centres d’enseignement ont également formé tout un corps spécialisé qu’une politique volontariste permettrait de mieux utiliser. Il serait ainsi envisageable de développer des clusters afin de favoriser le rapprochement entre le potentiel humain local, les industriels et les utilisateurs. Dans cet ordre d’idées, on peut penser à ré-orienter les mémoires de fin d’études d’Instituts universitaires spécialisés. Alors que fleurissent sur internet les vidéos des réalisations peu sophistiquées de bricoleurs géniaux ou de PME des pays émergents, il est affligeant de constater la faiblesse des réalisations locales. On peut se demander si les sujets de mémoire de fin d’études d’écoles telles Polytechnique ou l’Ecole Nationale Supérieure Agronomique ne devrait pas plus intégrer les préoccupations des agriculteurs obligés de manier la houe à longueur de journée.

    Production locale et importation nécessitent la mise sur place d’un réseau de concessionnaires capables d’assurer des opérations de maintenance et d’approvisionnement en pièces détachées. Cette stratégie implique également le renforcement des compétences de maintenance mécanique des ouvriers agricoles. Une ré-allocation des budgets consacrés à la formation s’avère nécessaire.

    Face au prix du matériel: Cuma et cercles d’échanges.
    Certains types de matériel coûte cher. Différentes solutions peuvent permettre de réduire les charges de mécanisation des exploitations. L’aide des pouvoirs publics reste à cet égard indispensable. Parallèlement, différentes formes d’utilisation du gros matériel pourraient être envisageables: achat groupé ou recours à des entreprises de travaux agricoles.

    Il existe à l’étranger, notamment au niveau de Chambres d’Agriculture, des formes originales d’utilisation du matériel comme des Cercles d’Echanges. Un animateur enregistre les demandes et les offres de travaux provenant d’adhérents agriculteurs. Le développement du téléphone portable ainsi que d’internet peut permettre de faciliter ce type d’échanges.

    Ces formes originales d’utilisation du matériel méritent l’attention des associations professionnelles agricoles. L’expérience des Coopératives d’Utilisation du Matériel Agricole (CUMA), des cercles d’échanges de matériel et des entreprises de travaux agricoles mériteraient d’être étudiée lors de voyages d’études à l’étranger. Par ailleurs, ces sujets devraient faire l’objet de plus d’émissions radiophoniques et télévisées. On pourrait penser à l’avenir, avec l’ouverture de nouvelles chaînes de télévision, qu’une chaîne soit réservée au secteur agricole dans son ensemble: amont (formation, machinisme, engrais, phytosanitaires), productions animales et végétales mais aussi secteur de la transformation (agro-alimentaire).

    Conclusion:
    La production locale de matériel agricole est aujourd’hui conséquente. Elle concerne principalement tracteurs, engins de récolte des céréales et fourrages, matériel aratoire ainsi que remorques et citernes. Cette production vient récemment de se renforcer avec le montage de tracteurs 4 roues motrices sous licence Massey-Fergusson.

    Mais des besoins nouveaux apparaissent, principalement des machines à atteler aux tracteurs existants. Il est à déplorer l’absence d’initiatives privées ou publiques pour la fabrication de ce type de matériel relativement simple pour tracteurs mais aussi motoculteurs. Face à l’ampleur du défi alimentaire, une stratégie d’ensemble s’avère nécessaire. Elle pourrait se matérialiser par des mesures afin de mettre en place un pôle de compétences réunissant industriels du secteur, associations professionnelles agricoles, Instituts Universitaire de formation ainsi que des incitations fiscales.

    La mise au point locale de matériel ou son importation peut-être une manière d’orienter les pratiques agricoles. Il est possible par exemple de favoriser le non-labour ou d’améliorer l’efficience des pratiques d’irrigation en assurant une meilleure disponibilité en semoirs directs ou en asperseurs. Certains matériels peuvent assurer un retour sur l’investissement en début de campagne. C’est le cas du semis direct qui, même en année sèche, permet une récolte grâce à sa faculté à optimiser l’humidité du sol. A ce propos, on peut s’interroger sur la pertinence de poursuivre la fabrication locale de certains outils de travail du sol susceptibles d’appauvrir les sols et de les sensibiliser à l’érosion.

    La production locale de matériel agricole offre aussi la possibilité de concevoir un matériel adapté aux exploitations (taille, niveau de technicité) et aux conditions locales. Pour être rentable, cette production doit disposer de larges séries et donc d’un marché de taille conséquente. A terme, il s’agit donc d’arriver à une meilleure collaboration maghrébine d’autant plus qu’existent des savoirs-faire locaux complémentaires indéniables.
    BELAID Djamel Ingénieur Agronome ENSA El Harrach.

  13. http://www.boutique-baobab.fr/baobab/

    Est-ce que planter des baobabs n’arrêterait la progression du désert –

    • Une réserve quant à l’utilisation des boues des stations d’épura
      tion:le taux de métaux lourds,de produits toxiques en tous gen
      res provenant de déversements mal intentionnés d’industries
      ou de particuliers peu scrupuleux…(dont les eaux de traitem
      ent chimique du cuir,par ex…)

  14. Agronome Says:

    Une contribution au débat sur l’auto-suffisance alimentaire.

    Couscous: notre plat national menacé par la baguette?
    Djamel BELAID*.

    Alors que les pouvoirs publics subventionnent largement les producteurs de blé dur et que les silos sont remplis à ras bord, la disponibilité en couscous pourrait être menacé à long terme. La cause? Le blé dur local est de mauvaise qualité. Les propriétaires de moulins et d’usines de pâtes alimentaires se plaignent de sa qualité bien inférieure aux blés durs français ou canadiens. Cette qualité est si médiocre que certains spécialistes craignent qu’à terme, les pouvoirs publics fassent le choix de privilégier la filière blé tendre, plus productive et moins couteuse pour les finances de l’Etat. Un tel choix reviendrait à conforter un modèle alimentaire de plus en plus basé sur la consommation de pain au détriment de produits à base de semoule.

    Le couscous un plat typiquement local.
    Le blé dur est présent depuis des millénaires en Algérie. Le célèbre généticien russe Vavilof note même que l’Algérie est un centre de diversification. Une zone où de nouvelles formes d’espèces apparaissent naturellement. Ce n’est qu’avec la colonisation que le blé tendre a été développé en Algérie.

    Et les Algériens ont de tout temps consommé du blé dur pour en faire de la galette, des gâteaux ou du couscous. Le couscous est ainsi typiquement un plat local. Il est d’ailleurs inconnu des sociétés arabes du Proche-Orient. Celle-ci consomment essentiellement une autre céréale: le riz. Le blé dur est plus particulièrement consommé dans l’Est du pays. Outre le couscous, est préparé le traditionnel « khobz ed-dar », pain de semoule. Jusqu’au début des années 70, à Batna, les joueurs des équipes locales de football recevaient comme prime de match un sac de semoule « bala smid » d’une cinquantaine de kilo.

    A partir des populations locales de blé dur présentes localement, les agronomes français ont sélectionné des variétés à paille haute: Bidi, Hedba, Oued-Zenati, Biskri… caractérisées par leur résistance à la sécheresse, et pour certaines, au mitadinage1.

    La production augmente mais pas la qualité.
    Et du blé dur, ces dernières années, nous n’en avons jamais autant produit. Suite à la prime de 1000 DA allouée en plus des 3 500 DA par quintal reçus par tout céréalier livrant sa récolte aux Coopératives de Céréales et de Légumes Secs (CCLS), l’engouement est général. « Je m’oriente vers le blé dur » confie à la presse M Bachtarzi, céréalier membre du très prisé club des 50 quintaux.

    Le revers de la médaille de cette politique incitative des prix fait que que certains céréaliers n’ont en tête que la quantité de grains livrés aux CCLS. Ils en oublient même la … qualité. Or, certaines coopératives ont dû refuser des grains porteurs de la maladie du charbon. Des propriétaires de moulins se plaignent de trouver trop d’impuretés parmi les grains: gravillons, graines de mauvaises herbes, grains moisis. Parfois les grains livrés présentaient jusqu’à 90% de grains mitadinés alors que le maximum autorisé est de 20%. Et lorsque l’année dernière à Rahouia, les blés durs ont présenté une mauvaise qualité suite à des pluies tardives et que le responsable local de la CCLS a évoqué la possibilité de ne pas verser la prime de 1000 DA, pour défaut de qualité, les céréaliers ont menacé de suspendre toutes leurs livraisons de blé. Il a fallu l’intervention personnelle du wali afin de trouver une solution. Or, les solutions ne sont jamais en faveur des transformateurs. « On nous a obligé d’accepter jusqu’à 90% de grains mitadinés » lance un responsable de coopérative. Plus grave, en 2010, le Forum des Chefs d’entreprise (FCE) a publié un communiqué dénonçant l’obligation faite aux moulins à utiliser les blés durs produits localement « les unités meuneries se trouvaient contraintes d’accepter sans discuter les blés qui leur étaient rétrocédés par l’OAIC», soulignant « des niveaux qualitatifs irréguliers qui ont eu des répercussions sur le produit fini, lequel ne répondait plus au goût du consommateur algérien ». Il faut rappeler que le niveau du chiffre d’affaires de la profession est de l’ordre de 1,5 milliards de DA. Certains transformateurs de blé dur ont des capacités installées de l’ordre de 700 T/jour. Un approvisionnement en blé dur de qualité est pour eux une question vitale. Mais étant donnée la production record de ces dernières années, les pouvoirs publics ont nettement réduit les couteuses importations de blés durs. Mais, les silos de l’OAIC plein à ras bord de blé dur local n’ont pas trouvé preneur.

    Des variétés locales de qualité mais peu productives.
    Alors comment améliorer la qualité de nos blés durs? Un blé dur de qualité, c’est un grain vitreux, ambré, presque transparent; un peu comme pour la deglet nour. C’est ce type de grain qui donne le plus de semoule. Les solutions techniques sont connues des agronomes algériens. Pour éliminer les graines de mauvaises herbes, il s’agit de désherber chimiquement les parcelles. Contre les grains malades, il faut pratiquer le traitement des semences. Pour éviter tout risque de grains moisis et mélangés à des corps étrangers, il faut améliorer les conditions de stockage des grains. Il existe bien des solutions pour éliminer les impuretés dans les lots de grains destinés à la semoulerie: tri mécanique ou optique. Mais ces solutions reviennent cher et sont surtout réservées pour la production de semences.

    Il s’agit également d’utiliser des variétés aux propriétés semoulières et pastières reconnues. Mais, afin que les potentialités de ces variétés s’expriment pleinement, il s’agit d’apporter de l’engrais azoté. Le drame, c’est que si nos variétés possèdent des qualités reconnues mondialement, elles restent peu productives.

    De nos jours à Guelma, berceau des variétés locales, les céréaliers ne sont plus qu’approvisionnés en variétés aux noms exotiques: Vitron (Espagne), Waha (Syrie), GTA (Mexique). C’est que ces nouvelles variétés produisent 30 quintaux par hectare quand les nôtres en produisent à peine 15. Et les céréaliers, visant avant tout la prime blé dur, ne se sont pas trompés. Avant tout, ils s’approvisionnent en semences étrangères. Terminée l’époque des Bidi, Oued-Zenati …etc. Mais certaines de ces variétés étrangères, véritable Formule 1 en matière de rendement, produisent un grain riche en amidon mais pauvre en protéines. Or, c’est justement ces protéines qui donnent des grains ambrés. Étrangement, le choix des variétés étrangères introduites a été réalisé plus en fonction de critères agronomiques que technologiques. Depuis une vingtaine d’années, des pays comme la France ou le Canada ont su créer de nouvelles variétés alliant productivité et qualité, parfois à partir de géniteurs algériens riches en protéines et d’autres alliant résistance aux maladies, présentant une paille courte, voire même un faible taux de cadmium.

    En même temps grâce à la recherche, les procédés de transformation de semoule en pâtes alimentaires ont considérablement évolué. Les procédés d’extrusion au téflon permettent la production de pâtes à la couleur et à la tenue à la cuisson répondant aux consommateurs les plus exigeants. Des techniques de séchage des pâtes à hautes températures permettent également de corriger partiellement des blés durs de force moyenne. Des tests de laboratoire, dont l’électrophorèse, permettent de détecter chez les variétés celles présentant les bandes caractéristiques permettant une bonne qualité pastière.

    Chez nous, la filière blé dur amorce péniblement sa marche vers la qualité. Et le chemin sera long. Ainsi, les céréaliers irriguent afin d’obtenir de meilleurs rendements et maximiser la fameuse prime blé dur. Mais les gros grains récoltés sont surtout riches en amidon et pauvres en protéines. Car, il faut le souligner, personne n’est venu expliquer aux céréaliers que pour produire un grain qui donne de la belle semoule, il faut apporter plus d’engrais azoté. Plus grave, même quand ils le savent et pratiquent des apports azotés, cet effort des céréaliers n’est pas récompensé. La prime n’est pas reliée au taux de protéines du grain. A Annaba, dans un récent séminaire consacré à ces questions un céréalier a mis les « pieds dans le plat » en demandant dans ces conditions ce qu’il avait à gagner à faire de la qualité? A continuer à faire exister la filière lui a répondu un autre participant.

    Le grain, un besoin d’azote et d’humus.
    Le drame de nos sols c’est qu’ils ont été conduits durant la colonisation selon une agriculture minière, c’est à dire sans apports d’engrais. La charrue d’acier, en retournant le sol plus profondément, a minéralisé l’humus que l’araire du fellah avait épargné libérant ainsi des éléments minéraux. La pratique de la jachère travaillée a fait baisser le taux de matière organique du sol de 2% à 1%. Or, actuellement, le manque de fourrages pour l’élevage ovin fait que nos sols ne bénéficient que très peu de restitutions organiques: pailles, chaumes. Or, ce sont ces amendements organiques qui sont susceptibles de rehausser la fertilité du sol. A l’étranger, dans les régions céréalières, les pailles ou au moins les chaumes sont enfouis au sol. Chez nous point de ce genre de pratiques. C’est cette matière organique du sol qui en se décomposant au printemps produit l’azote nécessaire à la qualité du grain. Les anciens ne pratiquaient pas le labour de jachère. L’humus du sol suffisait à nourrir en azote les grains de blé dur. Aujourd’hui, en absence d’amendements organiques, on ne peut espérer que le sol apporte naturellement de l’azote. L’utilisation d’engrais devient donc obligatoire, d’autant plus que le blé dur est plus gourmand en azote que le blé tendre. Il devient donc primordial d’assurer la mobilisation des différents gisements de matière organique (boues résiduaires de station d’épuration des eaux usées, composts d’ordures ménagères) vers le secteur agricole.

    L’agriculture minière de la période coloniale n’a donc pas totalement disparu. L’emploi de la charrue s’est accru. Le labour provoque la minéralisation rapide du peu de matière organique apportée au sol par les racines; seule fraction ayant échappé à la dent des moutons. Ces dernières années l’amélioration du niveau de vie de la population a provoqué une demande accrue en viande ovine. On peut donc se demander si la généralisation du labour correspond à nos conditions agro-climatiques. Des agronomes et agriculteurs à Sétif innovent en développant des techniques de non labour avec la pratique du semis-direct préservant ainsi l’humus du sol.

    Assurer la qualité, par le pilotage de la fertilisation azotée.
    Si les engrais azotés peuvent être un moyen d’améliorer les qualités semoulières et pastières des blés durs, leur emploi nécessite certaines règles. L’Institut Technique des Grandes Cultures (ITGC) préconise ainsi une gestion fine de la fertilisation azoté. L’ITGC met en ligne sur son site internet des essais qui montrent que de nettes réductions du taux de mitadinage sont obtenues en fractionnant les apports d’azote.

    On peut cependant remarquer l’absence d’une tradition d’analyses de sols annuelles avant d’apporter ce type d’engrais. Car, contrairement au phosphore et potassium du sol, les teneurs de l’azote du sol varient très nettement selon les saisons. Aussi, si on peut se permettre de réaliser des analyses de sols tous les 5-6 ans pour les autres éléments du sol, dans le cas de l’azote, l’analyse du sol doit être annuelle. L’analyse consiste à mesurer « le reliquat azoté » du sol en sortie hiver. Actuellement, on se retrouve à préconiser des doses approximatives d’engrais azotés à l’agriculteur. « Épandre 100 kg d’engrais d’azote sur la culture » est le plus souvent préconisé par les techniciens. La réalisation d’un reliquat azoté montre qu’à la fin de l’hiver, selon les parcelles, il peut rester 40 à 120 kg d’azote dans le sol. C’est dire combien les préconisations actuelles sont imprécises. Or, peu d’azote sur la culture, c’est à la récolte moins de grains et des grains mitadinés. Et trop d’azote sur la culture, c’est le risque d’accentuer les effets des éventuelles sécheresses lors de la formation des grains.

    Les techniciens agricoles doivent donc réaliser en janvier-février, avant l’apport d’azote, des mesures de reliquats azotés. Pour réaliser ces prélèvements de sols, il suffit de tarières et … « d’huile de coude ». Quant aux capacités d’analyses, elles existent: laboratoires des semouliers, de Fertial, de l’ITGC, des universités. Il serait possible de réaliser des moyennes régionales saisonnières et de les rendre public par le biais d’internet. Les conseillers techniques de terrain pourraient ainsi établir des préconisations plus fines des doses d’azote. Cette chaîne logistique devient une urgence.

    Groupe Benamor, vers des variétés recommandées par la meunerie.
    La bataille pour la qualité passe aussi par le choix de variétés aux aptitudes reconnues pour la trituration et la transformation en pâtes alimentaires. Des transformateurs ont décidé d’en faire leur cheval de bataille. C’est le cas du Groupe Amor Benamor (GAB). Ce groupe est à l’origine d’une des plus belles succes story de l’agronomie algérienne. Son staff d’ingénieurs agronomes et de techniciens a réussit à faire passer les rendements de la tomate industrielle de 15 à 60 tonnes par hectare. Fort, de cette réussite, GAB a décidé d’appliquer ce qui lui a réussit dans le domaine de la tomate industrielle au blé dur.

    Depuis plusieurs années GAB a mis en place un réseau de céréaliers dans son bassin de collecte du blé dur (wilaya de l’Est). L’objectif de ce réseau est de vulgariser les techniques agronomiques permettant d’arriver à une meilleure qualité. La tâche de GAB est doublement méritante. En effet, les céréaliers ne sont pas récompensés pour leurs efforts en faveur de la qualité puisque les organismes de collecte rémunèrent le blé dur au poids. Par ailleurs, contrairement au schéma de collecte de la tomate industrielle, dans le cas du blé dur, les grains sont collectés par un intermédiaire: les CCLS et non pas directement par les fabricants de semoule et de pâtes alimentaires. Il s’agit donc aux transformateurs de faire accepter par les CCLS plus de contrôles qualité. Des solutions simples sont possibles: ne pas mélanger toutes les variétés dans les mêmes. En effet, certaines variétés présentent de meilleures qualités. Mais une telle procédure d’élaboration de lots de qualité reconnue exige plus de silos et des silos à cellules multiples. A terme, elle nécessite des moyens d’analyses du grains tel le taux de protéines. Outre, la constitution de lots de qualité basés sur la variété, on peut penser à une stratégie d’allotement basée sur l’origine des grains. Un contrat entre agriculteur et transformateur pourrait permettre le respect d’un cahier des charges avec visite d’un technicien sur les parcelles afin de vérifier certains points clé tel le désherbage et la fertilisation azotée raisonnée. Des prélèvements de grains à la livraison pourrait permettre des contrôles qualités avec éventuellement des pénalités financières.

    A travers son réseau GAB innove réellement. Après la récolte, les adhérents sont invités à des réunions techniques de bilan de campagne. Leurs pratiques sont ainsi décortiquées. Alors que les variétés Waha et GTA figurent en tête du palmarès des variétés préférées des céréaliers pour leur rendement, les ingénieurs de GAB les initient aux aptitudes semoulières et pastières recherchées par le transformateur. Ainsi, la variété GTA présente des aptitudes intéressantes au niveau de la trituration, du taux de protéines et de l’indice de gluten (92% contre 45% pour Waha). Or, taux de protéines et indice de gluten sont les paramètres qui permettent de fabriquer de la semoule de qualité des pâtes qui tiennent à la cuisson.

    En parallèle, GAB discute avec les organismes de collecte et de stockage des moyens permettant de constituer des lots de blé dur basé sur un critère variétal. Il faut dire que jusqu’à présent le céréalier versait ses bennes de blé dur dans un silo de la coopérative et allait encaisser son chèque. Il s’agirait à l’avenir d’orienter ces livraisons vers les silos selon la variété contenue dans la benne de l’agriculteur. Cette nouvelle façon de procéder est une révolution. Elle requiert un mode d’organisation et une logistique particulière.

    La qualité des blés durs, un révélateur des défis .
    La question de la qualité des blés durs est donc un révélateur des défis qui se posent à notre agriculture. Il s’agit ainsi de composer entre objectif d’autosuffisance alimentaire, moyens financiers de l’Etat, préservation de la fertilité des sols et revenu des agriculteurs et des transformateurs.

    En matière de qualité, il s’agit d’introduire des critères qualitatifs pour le versement de la prime blé dur. Des réfactions s’avèrent nécessaires. Cela implique de définir des outils de mesure de la qualité. Un catalogue de variétés semoulières et pastières recommandées par les transformateurs est indispensable de même que la mise en place d’un système de mesure hivernale de l’azote du sol.

    Concernant le soutien à la production, se pose la question du maintien de la prime blé dur à toutes les wilayates, sachant que le blé dur est plus adapté aux zones zones semi-arides. Par ailleurs, faut-il accorder la même prime aux petites et grosses exploitations? Ne peut-on ainsi penser au maintien de la prime pour les seules premières centaines de quintaux livrés.

    Enfin, afin de mettre en place une agriculture durable et notamment d’arrêter la baisse de la fertilité des sols céréaliers, il s’agit de mettre en oeuvre des techniques de travail du sol appropriées à nos conditions agro-climatiques et d’assurer les conditions d’une mobilisation des gisements de matières organiques.

    Faute de quoi la baguette de blé tendre pourrait détrôner l’actuel plat national.

    (*) Ingénieur Agronome ENSA El-Harrach.

  15. AA MAHMOUD Says:

    Bravo a ce monsieur qui sest mis à réfléchir face à la contrainte , c est ce qu on appelle faire de l’agroforesterie , je protège avec mes moyens modeste une foret de chênes vert de 30 ha depuis plusieurs années , malgré la multitude d’abrutis et de prédateurs qui souhaite la voir partir en fumée uniquemet pour faire paturer leur maigre cheptel

    non seulement je protège la foret , j’ai entrepris de planter de nouvelles espèces pour son extension , et celle ci me le rend bien , car s est un excellent garde manger en hiver ( deux emplois durables ont étés crée, en attendant que ses messieurs des eaux forets se réveillent de la torpeur de leurs bureaux et de leur rutilantes 4×4 qui ne servent pas a grand choses )

    Je suis tout a fait d’accord , le caroube , la feve sont d’excellent aiiment pour le bétail et celà se sait depuis des lustres

    Mon grand pere mahmoud Tamzali produisait et collectait des milliers de tonnes de caroube et est propriétaire d’un brevet pour l utilisation du caroube dans l industrie alimentaire …

    les agriculteurs intéressés par l’agroforesterie et qui ont de l’eau , peuvent se lancer dans la plantation dans leurs champs de blé, de noyers ( arbres qui ne gênent pas par sa canopée la culture des céréales , certes s’est un investissement à long terme vu le prix du bois de noyer , une vraie retraite complémentaire ou un trésor laissé a ses enfants.

    Nous avons surtout besoins de créer une associations d’agriculteurs et éleveurs déconnecté de la politique et des beniouiouickimeurs !!!

    Pour finir je voudrais dire a cet universitaire , que c’est a eux de créer des entreprises suite à leurs travaux , plutôt que de se contenter du poste fort agréable de l’université et d’ailleurs fort bien payer pour ce qu ils font réellement

    Malgré tout ce qu on peux dires contre notre état , c est comme même pas à l’état de valoriser les travaux de recherche et de tout faire toute seul , malgré toutes les imperfections du système , il existe des dispositifs qui permettent aujourd’hui de se lancer dans la création d’entreprise qui reste un engagement personnel de l’entrepreneur ….

    D’ailleurs je n’ai pas vu beaucoup de brevets ou d’entreprises créer par des universitaires et/ou scientifiques

    Il faudrait réfléchir à la création d’une bourse ( plutôt que la bourse actuel )
    du développement agricole , qui verraient tout investisseur souhaitant placer son argent dans un projet agricole , être mis en contact avec des éleveurs , agriculteurs , apiculteurs etc etc , avec bien sure une codification et une législation permettant de sécuriser au moins une partie de l investissement de départ .

    Est il possible d’avoir les coordonnées de cet éleveur

    • Agronome. Says:

      Bonjour,
      Comme d’habitude, il est agréable de vous lire. Vous faîtes des suggestions fort intéressantes.
      – quelles espèces avez vous planté et qui servent de garde-manger en hiver? Je trouve pas mal cette idée de planter. Car on ne peut se satisfaire d’une politique de cueillette (c’est à dire ramasser des glands comme à l’époque de l’homme de Néandertal). Il y a 37 000 000 d’estomacs à nourrir en Algérie.
      – vous avez raison, le caroube est utilisable comme gélifiant alimentaire. L’activité de votre grand-père se poursuit-elle? On pourrait même penser à l’exportation…
      – plantation d’arbres (haies) dans les champs de blé: technique à essayer. Cette technique se développe à l’étranger. Par ailleurs, dans les sols en légère pente, cela favorise l’infiltration de l’eau.
      – «Nous avons surtout besoin de créer une associations d’agriculteurs et éleveurs ». Je crois qu’on progresse. Il y a des associations professionnelles de plus en plus dynamiques. Oui, il faut lutter pour plus de représentativité (notamment dans les CAW).
      -Création d’entreprises par des universitaires: il faudrait des incubateurs d’entreprises sur les campus et revoir les modalités de sélection des candidats ainsi que les programmes. L’agro-économiste Slimane BEDRANI se pose la question dans un récent article s’il faut continuer à dépenser de l’argent pour les urbains qui n’ont pas pu faire médecine et qui par dépit vont vers l’agronomie (ingéniorat). Ne faudrait-il pas diriger ces sommes vers la formation des agriculteurs et des cadres de terrain?
      – « bourse du développement agricole »: bonne idée. Personnellement, je serais prêt à mettre une partie de mes économies dans de tels projets. Pas mal de petits épargnants pourraient être intéressés.

  16. ELMEDDAH Youcef (agronome) Says:

    EXcellent ! Excellent… Je découvre…

  17. Agronome Says:

    Quelle belle initiative.

    Merci pour le reportage.

    Ce monsieur pourrait ajouter de l’urée à son mélange et en faire des « blocs multinutritionnels » (voir ce terme sur google image). On pourra voir que selon les régions du globe on peut les fabriquer à partir de feuilles de palmier broyées, de paille de riz, …
    Les sources sur Internet donnent également la recette pour lier le mélange du bloc multinutritionnel: mettre un peu de ciment. Eh oui. Etonnant!

    Il pourrait également le présenter sous forme de pellets (voir sur you tube en tapant « pellets aliment betail »:http://youtu.be/LOhtkVqiCLI ). Cela en utilisant une presse relativement simple à fabriquer (voir les modèles simples sur you tube: http://youtu.be/xePW9qzEuC8).

    Le pellet à l’avantage d’être mieux accepté par les animaux que les aliments sous forme de poudre. Par ailleurs, les produits incorporés au mélange restent fixés.

    Dans tous les cas, on peut ajouter dans les mélanges destinées aux ruminants une dose d’urée qui apporte de l’azote. Les doses sont à préciser avec un vétérinaire ou au département Zootechnie d’une Ecole d’agronomie.

  18. Agronome Says:

    Merci de lancer un débat autour de cet article.
    C’est un bel exemple d’entreprise. Je voudrais profiter de cette occasion pour faire connaître la technique des blocs multi-nutritionnels. Peut-être que cet investisseur pourrait ainsi en fabriquer en mettant des glands. Et surtout en y rajoutant un peu d’urée. Il y a là possibilité de se lancer pour de jeunes investisseurs. Il serait possible de broyer différents végétaux (roseaux, feuilles de buissons, feuilles ou stipes de palmier, algues (posidonies) récoltée sur la plage, …) afin de fabriquer ces blocs. Sur google image vous trouverez différents liens en tapant « blocs multinutritionnels ».

    Bravo à cette Algérie qui innove…

    Blocs multinutritionnels à base de rebuts de dattes pour ovins dans les zones arides. 1. Caractéristiques physiques et appétibilite

    Science et changements planétaires / Sécheresse. Volume 21, Numéro 4, 266-71, octobre-novembre-décembre 2010,

    Auteur(s) : Brahim Hadjsmail, Rabéha Chabaca, Aristide Larwence , Institut national agronomique Hassan Badi 16200 El Harrach Algérie, Institut national agronomique Hassan Badi Département de zootechnie El Harrach Algérie, SupAgro Institut des régions chaudes Service Industrie agroalimentaire régions chaudes 34093 Montpellier France.

    Résumé : Ce travail a pour but d’étudier la possibilité de fabriquer des blocs multinutritionnels (BMN) à base de rebuts de dattes (RD), à lécher, et destinés à des ovins. Les ingrédients fixes ont été du sel (2 %), de l’urée (10 %), de l’aliment minéral (8 %), du ciment (15 %) et de l’eau (30 litres/100 kg de mélange). Les éléments variables ont été des RD (à la dose de 65 \; 50 et 35 %) et du son de blé (à la dose de 0 \; 15 et 30 %). Il en est résulté trois formules de BMN : BMN1 (RD : 65 % \; son : 0 %) \; BMN2 (RD : 50 % \; son : 15 %) et BMN3 (RD : 35 % \; son : 30 %). La matière sèche (MS) a été dosée sur une période de 10 jours. La dureté et la densité des BMN ont été mesurées parallèlement, à l’aide d’un pénétromètre digital. L’appétibilité des blocs en présence de paille de blé a été testée sur animaux pendant 15 jours. Il apparaît que la fabrication de blocs à lécher avec des RD est facilement réalisable. Le bloc est rapidement accepté par les animaux et aucun incident sanitaire n’a été observé. La MS est passée de 68 % à la fabrication à 78 % après 10 jours de séchage à l’air libre. La dureté et la densité des blocs étaient en moyenne respectivement de 1,41 \; 1,57 et 1,44 kg/cm 2 et de 2,61 \; 4,75 et 2,57 kg/cm 3 pour BMN1, BMN2 et BMN3 avec des valeurs plus élevées (p <\; 0,01) pour BMN2. De même, l'ingestion de bloc seul a été meilleure pour BMN2. Cependant, la consommation de paille par les animaux a été meilleure avec le BMN1. Une trop forte consommation de bloc, déprimerait la consommation de paille.

  19. Est-il également envisagé de planter de tels arbres, histoire de développer la ressource ?

    • Agronome Says:

      C’est une idée.
      PROTEGER LES JEUNES PLANTS:
      D’après ce que je sais de ce type de forêts avec pacage, le danger est de voir la forêt vieillir. La cause? Les animaux dévorent les jeunes arbres. Donc, dans le cas présent, vérifier que les jeunes pousses nées des glands tombés au sol puissent se développer. Sinon, il faudrait réduire la charge d’animaux.

      PLANTER DE CHENE?
      Assurément c’est intéressant.
      1-il faut planter les arbres qui correspondent au climat du lieu. Avec le réchauffement climatique, il y a déjà des changements. Près de Batna, dans la montagne les beaux cèdres dépérissent car il fait trop chaud.
      2-ok, semer des glands dans des sachets plastiques, mais en utilisant dans les pépinière le sol forestier car il contient des myccorhizes (champignons). Cela est trop souvent oublié dans les pépinières (dont zmène celles de l’armée sur le barrage Vert).
      3- semer aussi sous les arbres des espèces arbustives dont des formes d’accacia (légumineuses très riches qui permet de donner du lait). Pour cela, il faut demander à nos ingénieurs forestiers. Ils connaissent les associations à planter.
      4-En parallèle, il faut voir comment semer de petites surfaces (sur des banquettes) en fourrages plus productifs (luzerne, médicagos, sorgho…).
      5-L’agriculture de montagne est une science où avant tout doit exister un équilibre afin de ne pas détruire le milieu fragile tout en trouvant du travail aux populations locales. Pas facile…

  20. Ridan Says:

    Il y ‘a 20 ans que des études scientifiques ont été menées sur le gland et ont prouvé qu’il peut etre donné aux ruminants. D’autres matières premières locales ( caroube, grignons d’olive, rebuts de dattes …etc).Il suffit de jeter un coup d’oeil sur les mémoires et thèses d’étudiants pour s’en rendre compte. Malheureusement chez nous, on ne croit pas à la science.
    Un enseignant Universitaire

    • Agronome Says:

      A mon humble avis, les universitaires doivent « vendre » leurs idées à des investisseurs potentiel proches de leur famille ou pas et mettre en valeur leur travail de recherche.
      Personnellement, je serais au bled, j’essayerais d’initier la fabrication de petites planteuses et arracheuses de pommes de terre tirées par des motoculteurs ou tracteurs (voir sur you tube les modèles).

      Pour en revenir à l’alimentation minérale des ruminants. J’ai mis un jour une pierre de sel gemme dans la mangeoire de vaches laitières. Les pauvres bêtes se bagarraient pour lécher cette pierre tellement elles manquaient de sels minéraux. Je m’étais aussi aperçu qu’elles croquaient les cailloux calcaires disposés autour de l’étable.
      C’est dire combien des idées agronomiques simples peuvent être appliquées sur le terrain et offrir des cas de création d’entreprises de la part de techniciens ou ingénieurs agronomes. Face au manque de sels minéraux de nos ovins dans la steppe (notamment le sélénium qui occasionne le « raide » de l’agneau); quel pourrait être l’apport de la complémentation des rations d’orge par de la poudre d’ algues (posidonies) riches en sels minéraux (dont iode) qu’on trouve en grande quantité sur nos plages? A défaut d’importer ces sels minéraux, de telles « algues » pourraient permettre l’apport d’oligo-éléments bloqués dans le sol par nos pH trop élevés (ce qui n’est pas le cas en mer).

      • Mon cher Djamel, vous aviez beaucoup d’idées dans les années 80, mais dommage vous avez choisis l’exil. Vous auriez pu rester dans les Aures et aider ces petits agriculteurs. Effectivement je me souviens de vos petits sachets contenant des doses d’urée que vous proposez au éleveurs pour les rajouter dans les aliments pour bétail , de même que vos pierres à lécher. Je suis tout a fait d’accord avec toi pour céder même gratuitement des idées à des investisseurs privés pour développer des petites entreprises pour fabriquer par exemple des compléments d’aliments (cmv, enzymes, prébiotiques, probiotiques….). Cela permettra non seulement d’ouvrir des postes de travail pour les jeunes diplômés et de mettre ces produits sur le marché algerien, car ils sont importés en devise.

        • Agronome. Says:

          Cher Ridan.
          Merci pour votre commentaire. Cela me touche. Merci de vous rappeler de ces essais de vulgarisation puis de tentative de commercialisation d’urée et de compléments minéraux vitaminés (CMV) dans la wilaya de Batna. Effectivement, il serait intéressant que des idées issues de la recherche agro-vétérinaire soit proposées à des investisseurs privés ou public. Il serait bon que les représentants d’agriculteurs (CAW, associations professionnelles) participent au moins 2-3 fois par an aux comités scientifiques des Universités.

          Je me rappelle ces débuts de matinées au souk à bestiaux de Batna et ce contact avec les éleveurs. Il s’agissait de la vente de CMV préparés artisanalement dans ma cuisine. Je pense qu’il y a des besoins minéraux à couvrir (mon idée serait de vendre aux petits fabricants d’aliments de bétail de la poudre de posidonies ou d’algues (elles sont très riches en oligo-éléments. Or le calcaire de nos sols bloque pas mal d’éléments et donc nos fourrages sont également carencés). L’urée peut être utilisée en la diluant dans un arrosoir d’eau pour ensuite arroser de la paille et la laisser sous une bâche plastique au moins 48h (il y a des vidéos pakistanaise et indhou sur you tube). Il y a aussi la technique des blocs multi-nutritionnels (voir sur google image le lien sur les travaux universitaires de l’ex-INA). Pour les poulets y-a-il le nécessaire en matière de GRITT (petits gravillons aidant la digestion)? Cela pourrait être une idée à creuser: vendre des gravillons (spécifiques) pour les éleveurs (vérifier ce que propose l’ONAB). Il s’agit là de questions passionnantes. Concernant pré et pro-biotiques pourriez vous nous expliquer ce dont-il s’agit.
          Cela me fait penser qu’il faudrait en Algérie une revue agricole vendue en kiosque. Quand on voit les milliards de $ d’importations alimentaires, à mon humble avis, il faudrait un canal de télévision consacré à l’agriculture: amont, secteur de la production et l’aval (agro-alimentaire). L’émission el aardh wal el fellah a-t-elle une suite actuellement?

          Merci de votre message. Merci de transmettre aux collègues et connaissances un salut amical et ému. « L’exil » est parfois pesant…
          ps: concernant l’urée grains mélangeable à l’orge; une enseignante de l’INA m’en avait donné un kg. Après essai à Kaïs, je m’en été procuré 10 kg. Devant le succès, j’en avais acheté 50 kg puis 200 kg. A la veille du service national, c’est une tonne d’urée que je voulais mettre à la disposition des éleveurs qui m’avait fait confiance. Il en mettaient 20 grammes (cela correspondait à ce que pouvait contenir les petites boites d’allumettes de l’époque) dans 500 grammes d’orge. Ils n’ont jamais eu de problème de toxicité. Attention il faut donner ce mélange à des animaux à l’engraissement. Pour des vaches laitières en début de carrière, il faudrait demander l’avis de zootechniciens ayant travaillé sur cette technique.

      • en cas de fièvre aphteuse, je connais une paysanne qui donnait du chlorure de magnésium – à ses bêtes –
        Le Professeur Delbet a d’ailleurs écrit un petit livre : traitement prophylactique du bétail par le chlorure de magnésium –

        simple et pas cher

        bon courage – je vous admire

        • Agronome Says:

          Mr Garfy, je souhaiterais faire appel à vos connaissances. Se développe en Algérie le non-labour et les techniques de travail simplifiées (TCS). Je décrivais tt à l’heure le problème en ces termes:
          Tiens, il y a une nouvelle technique pour l’Algérie: ne plus labourer; réduire le travail du sol au minimum et laisser faire le travail par les lombrics. Mais à l’époque où j’enmenais les étudiants gratouiller des champs de blé du côté de la ligne de chemin de fer en face de la fac, je ne me rappelle pas en avoir vu bcp des lombrics. Peut être qu’il y en a plus en hiver? En tout cas si tu as l’occasion d’en voir fais moi signe. Ce n’est pas une plaisanterie. Car, ok pour proposer d’abandonner le labour mais sans lombrics ont est mal. Bon, on peut mettre du fumier, des boues de stations d’épuration des eaux usées, des composts de déchets ménagers pour développer la vie biologique du sol. Mais ce n’est pas dans les moeurs.
          Comment faire? Mettre de la paille dans le sol? Mais les moutons n’en laissent pas un seul brin?

          En tout cas, si l’Algérien de base ne va pas jeter ses épluchures de fruits et de légumes (+ le telwa, marc, de café) dans un champs, on est mal du point de vue auto-suffisance alimentaire.

          Comment faire pour avoir plus de lombrics dans une région à 300 mm de pluie?

          • Mr Djamel, pouvez vous nous donner votre avis concernant la valorisation des déchets ( écorces) de melons et de pastèques pour les inclure dans l’alimentation des volailles. En effet notre projet est de substituer une partie du mais par ces déchets. Ces derniers doivent en premier lieu etre séchés puis broyés et additionnés dans les rations de poulets ou de poules pondeuses.
            Une analyse doit etre effectuée pour déterminer la composition chimique de ces déchets ainsi que leur valeur énergétique. Comme vous le savez 85 % des intrants composants la ration de volailles sont importés (mais, soja, CMV….), ce qui induit une augmentation du prix du poulet surtout , lors des fluctuations du marché des matières premières ou bien à cause d’une rupture de stock. En Algérie , Il est urgent de trouver des aliments de substitution pour chaque région. Un exemple, on utilise déjà des rebuts de dattes dans l’alimentation avicole et les résultats des performances zootechniques sont excellents.

  21. KADDOUR Says:

    Tout à fait intéressant et mes félicitations à notre agriculteur.Nos forêts de chêne liège peuvent donner encore plus,grâce à ses terres riches en humus.Bravo pour tout cela.Il faut savoir innover pour sortir de cette dépendance qui devient très couteuse.
    Ahmed KADDOUR

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